Chapitre 1

Jacques Cassabois

 

Il était une fois, un enfant qui vivait seul avec sa mère. Leur maison était à l'écart de la ville,  invisible des chemins, car entourée d'un jardin si vaste qu'on le prenait pour une forêt. Quant aux lisères du domaine, elles  étaient si touffues, si peu accueillantes, mêlées de ronces et d'épines en bataille, qu'elles dissuadaient quiconque de s'en approcher. Ils vivaient ainsi, sans personne, depuis la naissance de l'enfant, sur leur territoire, au milieu de leur jardin. Ils y trouvaient tout leur nécessaire, car leur vie était simple et leurs besoins, faciles à satisfaire.

Mais un jour, l'enfant demanda :
" Mère, qu'y a-t-il au-delà du jardin ? Existe-t-il d'autres domaines semblables au nôtre ? "
La mère alors, sentit une main glacée se poser sur sa gorge. Elle répondit après un long silence :
" Il y a la pluie et le vent ; des orages et des tempêtes. Il y a des guerres et des famines, et un grand mal d'amour qui dévaste les pays. "
La mère parla longtemps et l'enfant l'écouta. Mais ses paroles résonnaient en lui d'une manière inhabituelle. Plus elle décrivait les incertitudes et les dangers, plus l'enfant se sentait captivé.
A la fin, il lui dit :
" Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ? "
Elle hésita. Il y avait du reproche dans sa voix.
" Parce que tu ne m'as jamais questionné. "
L'enfant hocha la tête en regardant sa mère. Pour la première fois, il lui sembla qu'elle ne lui disait pas toute la vérité.
Les jours passèrent, en apparence comme ils avaient toujours passé. Mais la mère voyait bien qu'un ferment travaillait en silence le cœur de son enfant. Il était souvent aux aguets, à épier les bruits du domaine comme s'il y guettait les échos des pluies et des tempêtes.
A force de prêter l'oreille, il distingua ce qu'il n'avait jamais entendu : une rumeur sourde qui bourdonnait au fond de l'air. Cela ressemblait à un essaim dans les tilleuls au mois de juin. Il voulut voir, savoir et se laissa attirer à l'extérieur.
C'est ainsi qu'il découvrit au loin, la route nationale et son trafic incessant de voitures, de camions… Il marcha dans cette direction, les yeux brillants.
Lorsqu'il y parvint, un long cortège de camions venait de s'arrêter, sur le bas-côté. L'enfant, émerveillé, les contempla longuement. Ils étaient décorés de couleurs vives, avec des visages hilares et des têtes d'animaux redoutables. C'était un cirque ; le fabuleux cirque Mondo-Mondo ! Il s'était arrêté, toutes portes ouvertes, pour permettre aux bêtes qui avaient chaud, de respirer.
Un homme était accoudé à la portière d'un camion. Il ressemblait à la figure peinte sur les remorques, le rire en moins.  C'était le directeur. Quand il vit l'enfant ébloui, il lui dit :
" Je parie que tu veux-tu découvrir le monde, petit ? Tu ne pouvais pas tomber mieux. Le cirque Mondo-Mondo t'ouvrira les portes des cinq continents ! Je cherche justement un garçon comme toi, robuste et dégourdi, pour s'occuper des fauves. Celui qui faisait ce travail vient de s'en aller.  Si le cœur t'en dit,  la place est pour toi ! " Ce qu'il ne lui dit pas, c'est que son prédécesseur, en vérité, avait été mangé.
"  Comment t'appelles-tu ?
- Ma mère m'a toujours dit " l'enfant ".
- L'enfant ! Un gaillard comme toi ! Tu n'es plus un enfant, allons. Tu t'appelleras Jean : les garçons de la ménagerie s'appellent toujours Jean. Et tu seras palefrenier. Jean-le-palefrenier !
- C'est dit, acquiesça l'enfant, content de son nom. Mais avant de partir, il faut que je prévienne ma mère, sans quoi, elle s'inquiéterait.
- Presse-toi ! Je n'ai pas de temps à perdre avec des au revoir et des adieux ! Dans un quart d'heure, je ne serai plus là !
- J'en ai pour cinq minutes ! "
L'enfant revint chez lui et courut annoncer la bonne nouvelle à sa mère :
" Mère, je pars ! Le cirque Mondo-Mondo va m'ouvrir les portes des cinq continents.
- Un cirque ! Mon dieu… Il faut que ce soit un cirque qui t'emporte. Mes efforts pour te protéger n'auront servi à rien ! " Elle soupira et murmura ces mots :
" Ton père était dans un cirque, lui aussi. Trapéziste. Un jour… "
Elle ne put en dire davantage.
"  Ce n'est pas parce que tu m'as mis au monde que tu peux m'empêcher de vivre ma vie ! "  s'écria soudain l'enfant.
La mère comprit alors qu'il était inutile de le retenir. Elle préféra lui dire :
" Quoi que tu fasses, n'oublie jamais le jardin de ton enfance. Garde-le au fond de toi, empêche-le de s'éteindre. Partout où tu iras, il t'accompagnera  et lorsque tu trébucheras sur les chemins du monde, c'est lui qui te remettra debout. "
Elle s'interrompit, s'approcha d'un arbuste dont elle cueillit une petite branche.
"  Tiens, pour ne pas l'oublier, emporte avec toi ce rameau d'aubépine.
Ses fleurs blanches sont un éclat de sa lumière, déposée sur les branches par les oiseaux du matin. Maintenant, va puisque tu veux aller. Je ne peux plus rien pour toi. "
L'enfant prit le rameau d'aubépine et l'enfouit dans sa poche. Puis, il partit en courant rejoindre les gens qui l'attendaient.
"  Me voici ! s'écria-t-il, tout joyeux.
- Alors, en route ! Assez perdu de temps, maugréa le directeur du cirque. "
Le soir tombait déjà. Ils devaient rouler toute la nuit pour se trouver avant l'aube, dans une ville où ils donnaient une représentation le lendemain.
Jean-le-palefrenier, excité par la nouvelle vie qui l'attendait, avait déjà oublié sa maison, sa mère et ses dernières recommandations.  Il voyageait dans un camion qui transportait des animaux. Collé contre la banquette, il les entendait remuer dans son dos : des coups sourds, des glissements, des grattements... On aurait dit que les bêtes lui parlaient. Que disaient-elles ? Amitié ou colère ? Jean n'était pas rassuré.  Peu à peu cependant, les mouvements se calmèrent et, malgré l'inconfort de la cabine, sa fatigue prit le dessus et il s'endormit profondément.
Quand il se réveilla, le convoi était arrêté sur une place et l'aube n'était pas encore levée.
" Allez debout ! S'agit pas de flemmarder ! "


Chapitre 2

CM1 - CM2 de Bussy


A ces mots, il sursauta et s’exclama, les paupières encore lourdes :

"  Déjà ? Il est trop tôt pour se lever !

-Il va falloir t’habituer à ce nouveau rythme de vie, mon p’tit gars. Ici, il n’y a pas de place pour les fainéants ", grogna l’inconnu en claquant la porte de la cabine.

Jean se jeta sur ses vêtements, enfila en toute hâte sa salopette et se dirigea vers la ménagerie d’un pas décidé. Les animaux l’impressionnaient . Il n’en avait jamais vu d’aussi près . En le voyant, la lionne se mit à rugir et à s’agiter dans tous les sens .Stupéfait, Jean recula d’un pas ,s’enfonçant dans une chose molle et étrange qui laissa échapper un petit bruit. Il se retourna et se retrouva face à face avec un drôle de petit bonhomme, haut comme trois pommes, déguisé en clown.. Il avait un regard pétillant de malice et portait une perruque bouclée qui lui donnait un air drôle. Son costume bariolé d’or et de vert faisait ressortir son ventre dodu. Jean remarqua les gigantesques chaussures qu’il portait et réalisa que c’était "   la chose " qu’ il venait d’ écraser .Il voulut s’ excuser :

" Oh, pardon. Je vous ai fait mal?

–Ha ……….a…, gémit le clown, vous m’avez piétiné le pied et maintenant j’ai de plus en plus mal .La douleur remonte jusque dans mon bras .

Le clown , excellent comédien, simula une grosse douleur, se mit à boîter, le bras raide, puis explosa de rire .

Jean, soulagé, réagit dans un profond soupir :

- " Vous m’avez fait une sacré peur .Vous êtes un bon farceur .

- C’est mon métier, s’exclama le clown .Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ?

-Je suis Jean le palefrenier, répliqua l’enfant. Je m’apprêtais à nettoyer les boxes des chevaux mais je ne sais pas comment m’y prendre.

-Tu sais, ce n’est pas très difficile.Il faut que leur litière soit toujours propre et qu’ils ne manquent de rien.

-Bon, je vais suivre tes conseils et vite me mettre au travail. "Jean se hâta vers les écuries , examina les chevaux ,et les prépara pour la représentation qui allait avoir lieu.

 

Il fut émerveillé par tous les numéros présentés dans le spectacle écarquillant les yeux de curiosité à chaque reprise. Il songeait au jour où il avait dû prendre une décision et ne regrettait vraiment rien. Il n’aurait jamais connu cela s’il était resté chez lui. Sa mère lui manquait mais ici tout semblait si merveilleux !

Chaque jour , il apportait aux animaux tendresse et amour .

Il faisait son métier à la perfection .

Voyant qu ’ il était rapide et efficace, le directeur le convoqua dans

son bureau , le félicita et lui confia une tâche supplémentaire :soigner les fauves.

Il lui proposa de le présenter aux autres employés .

Jean, ravi, fit la connaissance de ses camarades de travail . Le directeur lui présenta un de ses meilleurs artistes Jack le trapéziste qui lui serra la main , le foudroyant du regard .Il ne semblait pas heureux de cette rencontre.

Jean fut troublé par l’attitude fermée de Jack. Mais il oublia très vite cet incident, occupé à faire la connaissance des autres qui s’approchaient de lui .Le dresseur de chevaux le complimenta pour les soins qu’il apportait aux animaux et lui donna quelques conseils .

Pendant ce temps Jack en profita pour rendre visite à Galfio le clown, dans sa roulotte .Celui- ci arriva un peu plus tard .

" Ah ,te voilà enfin! s’exclama Jack d’un ton nerveux et autoritaire.

-Que se passe-t-il ? demanda Galfio, surpris.

-C’est au sujet du nouveau. Il ne me plaît pas du tout.

-Moi je le trouve plutôt sympathique. Il est jeune, plein d’énergie…

-Ne vois- tu pas qu’il est entrain de prendre notre place ?Il est là depuis quelques jours et on ne parle que de lui.

-Serais-tu jaloux ? Tu n’as…

-Mais tu es aveugle !interrompit Jack. Au lieu de dire des bêtises, tu ferais mieux de le surveiller de près. Tu vas essayer de gagner sa confiance et rester discret. Surtout, tiens- moi au courant de tous ses faits et gestes.

Galfio n’osa pas refuser car Jack lui avait rendu service autrefois..

Pensif, il regagna la piste du cirque pour répéter son numéro car une représentation avait lieu le lendemain.

 

 

Quand soudain, il entendit des cris horribles qui venaient de la ménagerie. Il se précipita et découvrit le dompteur de fauves allongé par

terre, ensanglanté. Il venait de se faire mordre par une lionne enragée et allait être hospitalisé de toute urgence. Le directeur, bien désorienté ,soucieux du bon fontionnement de son cirque, se mit à la recherche d’un remplaçant en passant plusieurs annonces.

Alors, Jules, un jeune homme de seize ans se présenta. Le directeur le trouvait un peu jeune mais il accepta de l’engager car il n’avait plus le choix.

Aussitôt, le garçon rejoignit ses compagnons de travail. Il les entraîna sans relâche, jour et nuit. A la grande surprise de tous, les fauves obéissaient à leur maître, sans agressivité, et accomplissaient des exploits jamais vus dans le monde du spectacle.

Quel était donc le secret de Jules ?

Une nuit, Jean, qui ne trouvait pas le sommeil, s’aventura à l’extérieur et entendit des vibrations étranges, des bruits insolites provenant de la ménagerie. Il s’en rapprocha et fut impressionné par tout ce qu’il entendit et vit.

Jules était entrain de parler avec un jaguar à qui il racontait sa vie, ses origines…Il lui confia comment il était arrivé sur cette Terre, de quelle mission on l’avait chargée, ainsi que les pouvoirs qu’il possédait depuis la naissance. 

Il savait dompter les animaux mais aussi les nuages, la nature et les hommes, d’un seul clignement des yeux. Le jaguar l’écoutait avec beaucoup d’attention, la queue agitée de curiosité. Jean fut saisi de stupeur, se ressaisit , prêt à partir, quand Jules remarqua sa présence.

Jean bredouilla :

-Je ne dirai rien, tu sais.

-Surtout promets-moi de bien garder le secret, reprit l’adolescent. "

Puis ils discutèrent longuement. Une amitié commençait à naître entre les deux garçons.

Le jour du grand spectacle arriva. Jean avait préparé les animaux avec le plus grand soin ,la plus grande attention . Jules avait mis au point ses numéros extraordinaire dans la plus grande sécurité .

 

 

Quand le moment fut venu, M Loyal annonça l’entrée des fauves et de leur maître sur la piste .

Tous les yeux se tournèrent vers la porte des artistes et la cage des animaux .

Lorsque des cris d’angoisse et d’horreur retentirent sous le chapiteau. !.Les fauves n’avaient pas fait l’entrée par la petite porte mais par le couloir des artistes et se répandaient dans toute la salle en rugissant affolés par les éclats de voix .Pris de panique, les spectateurs se précipitaient vers l’issue de secours en hurlant.

Jack observait la scène, des coulisses, satisfait de la réussite de son stratagème monté avec Galfio.

Quant à Galfio, lui n’était pas très fier. Il venait de trahir la confiance de Jean. Le directeur furieux, remonté contre ces deux compères, les convoqua aussitôt dans son bureau. Il leur expliqua que leur comportement était inadmissible et les renvoya sur le champs.

Jean ,désemparé, se demanda ce qu’il allait devenir.

Il avait décidé un jour de partir et de vivre sa vie mais était-ce si difficile ?

Il sortit son rameau d’aubépine de la poche et se mit à pleurer.

Son ami Jules le rassura et tous deux s’éloignèrent sur d’autres chemins…vers d’autres continents…d’autres terres.

 

Chapitre 3

CM2 Combs la Ville

 

Après un long périple sans rencontrer personne, Jean et Jules étaient fatigués.

La nuit était tombée. Au loin, ils aperçurent des lueurs. Retrouvant espoir, ils se dirigèrent vers les lumières d’un pas décidé.

" - Avec l’argent que nous a donné le directeur du cirque avant de partir, nous pourrions peut-être prendre un logement pour passer la nuit ? ", proposa Jules. Jean, au bord de l’épuisement, accepta sans réfléchir.

Les deux compères se retrouvèrent à quelques centaines de mètres de la ville.

" - Tu sens cette odeur ? demanda Jules.

- Oui, peut-être que je la sens…mais de toute façon je suis tellement épuisé que je dormirais même dans une poubelle. "

Il ne croyait pas si bien dire…

Une fois la porte de la ville franchie, Jules et Jean découvrirent un spectacle terrifiant…

Il n’y avait pas de mots pour décrire cela. Pourtant, lorsqu’ils racontèrent leur histoire, ils en trouvèrent…

" Des tas de déchets de chaque côté de la route. Du papier, du verre, du plastique et même du fer. En fait, il y en avait pour tous les goûts … des produits toxiques également. Cette ville n’était qu’un immense tas d’ordures à tel point que nous ne pouvions plus voir nos pieds ! Pas d’odeurs de roses, que du nauséabond … une porcherie … une puanteur incomparable... Ce qui nous a le plus surpris, c’est qu’il n’y avait pas de poubelles visibles…"

Au moment où Jean aperçut un habitant qui semblait collé depuis très longtemps à un chewing-gum, il marcha sur une peau de banane et se foula la cheville. Jules le consola en lui faisant un massage.

La fatigue les gagna au point de les laisser s’installer comme ils pouvaient au milieu de cartons un peu moins sales que le reste.

Le lendemain matin, une camionnette les réveilla. Les deux jeunes gens se dirigèrent vers elle. Le conducteur était seul à bord du véhicule.

" - Hé ! Monsieur ! Quelle est le nom de cette ville ? lança Jean.

Ha ! Ha ! Vous ne connaissez pas le nom de cette ville. C’est une vraie porcherie !… Vous êtes…Pardon ! Bienvenue à Déchets-Ville.

Mais, il n’y a personne dans cette ville !

Bien sûr, pourquoi voulez-vous que des gens vivent ici ? Tout le monde est parti mis à part les deux ou trois qui restent très "attachés ".

Je comprends …, dit Jean à haute voix sans s’en rendre compte.

Moi, ce que je comprends, c’est que nous n’avons que cette somme ridicule qui nous a été donnée à la fin de notre dernier travail, lança Jules.

Je peux vous embaucher, mais vous imaginez dans quelles conditions. "

Jean n’était pas prêt à faire n’importe quoi. Il proposa à Jules de lui parler à part.

" - Tu te rends compte de l’état de cette ville ?

Si tu as une solution plus intéressante…répliqua Jules.

Tu as des pouvoirs magiques ! Pourquoi ne t’en sers-tu pas ?

Mes " pouvoirs ", comme tu le dis, ne peuvent être appliqués que sur des êtres vivants, de plus ils sont limités tant que je ne retournerai pas chez moi ; je ne peux en utiliser qu’un certain nombre... "

Jean se sentit d’un seul coup vide, les odeurs pestilentielles n’existaient plus pour lui : il était résigné.

Les deux amis retournèrent près du conducteur de camionnette.

" - En quoi consisterait notre travail ? osa demander Jean.

- Il s’agit, tout simplement de ramasser les déchets qui ressortent du cratère.

Du cratère ? s’exclamèrent les deux compères.

Montez dans ma camionnette, je vais vous montrer. "

Le véhicule fit l’équivalent de six à sept cents mètres, slalomant au milieu des déchets. La quantité ne faisait qu’augmenter : tas de plastiques mélangés à des vieux pneus puis amas de métaux divers, des monticules de bombes aérosol ou bien des montagnes d’objets que personne ne pouvait reconnaître.

La camionnette s’arrêta à un endroit qui semblait être la source de toute cette pollution. En effet, il s’agissait d’un cratère d’où dégueulait – il n’y avait pas d’autre mot – un flot ininterrompu de produits tous plus nauséabonds les uns que les autres.

" - Mais d’où vient tout cela ? demanda Jules.

Toutes les grandes villes de la région déversent leurs déchets dans un grand collecteur qui passe sous terre et ressort ici.

Alors, toujours intéressés par ce travail ? "

Jules et Jean se regardèrent. Le premier dit :

" - Avons-nous vraiment le choix ?

En effet…nous acceptons, murmura Jean à contre cœur.

Je vais vous emmener voir le directeur de l’usine de retraitement. "

Leur première journée de travail consista à ramasser des tas d’ordures qu’ils devaient transportaient au centre de retraitement grâce à une camionnette semblable à celle de l’homme rencontré. Le centre fonctionnait 24h/24 mais cela ne suffisait pas. Il fallait trouver une solution…

Les deux amis étaient perdus dans leurs réflexions quand un événement extraordinaire se produisit…

 

Chapitre 4

Jacques Cassabois

un événement absolument inattendu : le flux d'immondices qui s'écoulait de la gueule du cratère d'une manière ininterrompue s'était soudain arrêté !

Jean regarda Jules, le visage épanoui :

" C'est extraordinaire ! Ça alors… s'exclama-t-il en sifflant entre ses dents.

- Quoi donc ?

- Que tu aies pu stopper le déversement, comme ça, par le simple effet de ta volonté !

- Ah parce que tu crois que c'est grâce à moi ! s'étonna Jules qui comprenait l'émerveillement de Jean. Détrompe-toi ; je n'y suis pour   rien et ça m'inquiète ! Parce que de deux choses l'une : soit les ordures ne s'écoulent plus parce que les villes n'en rejettent plus, ce que j'ai du mal à croire ; soit le système est bloqué quelque part. Au niveau du collecteur, de la canalisation qui ramène tout ici... ou ailleurs. Mais je pencherais plutôt pour cette seconde raison ; hélas !

- Pourquoi hélas !

- Eh ben, à ton avis… Réfléchis… Qui est-ce qui va descendre dépanner le système ?

- Quoi ? Tu crois que… C'est pas possible… C'est tout de même pas nous qui pouvons… On ne connaît rien du réseau…"

Jean avait à peine fini de parler que la camionnette de l'homme qui les avait engagés arrivait, tous phares allumés, en soulevant un tourbillon de poussière.

" On va pas tarder à savoir qui a raison, fit Jules qui s'attendait au pire. "

La voiture tout juste immobilisée, le conducteur sauta à terre. Il tenait un rouleau de feuilles à la main.

" Vous tombez à pic, vous deux. Venez par ici. "

Il déroula les feuilles sur le capot de la camionnette. C'étaient les plans du réseau souterrain du collecteur.

" Voilà où nous sommes, dit-il en désignant un point précis. A mon avis, ça peut être bloqué au niveau de l'échangeur 24, ici ; ou au niveau des vannes de rétention qui se trouvent à la jonction des vallées qui concentrent les déchets des villes de l'est et du sud ; là, précisément.

A moins qu'il ne s'agisse d'une micro coupure d'électricité qui aurait entraîné une panne du système informatique qui pilote l'injection des boues de refroidissement des canalisations chauffées par la fermentation. Ça m'étonnerait beaucoup. Dernière hypothèse, encore plus improbable : les rats ! Alors là, si c'est les rats, il faut s'attendre au pire. Mais j'y crois pas. Seule solution pour être sûr : aller voir !

" Il parlait sans se soucier de ses auditeurs qui le regardaient expliquer, en désignant les lieux sur ses plans, farfouiller dans ses feuilles, en rouler une, en dérouler une autre, évoquer des itinéraires…

A la fin de son monologue, il retourna à la camionnette, ouvrit la portière :

" Je vous ai apporté des combinaisons. Dépêchez-vous de les enfiler… Je vais vous conduire directement à l'échangeur 24. Vous descendrez par le sas d'accès. Voici des talkies-walkies. Nous resterons en contact. Ça y est ? Vous êtes prêts ? Embarquez ! "

Les deux amis étaient à peine montés que la camionnette démarrait.

Jean soupira. Il regarda Jules avec un mouvement de la tête qui signifiait :

" Tu l'avais bien dit… Hélas ! "

Leur arrivée à l'échangeur 24 et leur descente sous terre ne prit pas cinq minutes et pendant ces cinq minutes l'employé leur donna peu d'informations sur ce qu'ils pourraient découvrir, en-dessous. Le type répétait sans arrêt :

" Vous verrez bien ! Si vous avez un problème, vous faites pas de mousse ! Vous m'appelez. Je reste en surface pour vous guider. "

De toute façon, ils n'avaient pas le choix. S'enfuir ? Ils seraient aussitôt rattrapés par l'énergumène à la camionnette.

Avant de les laisser entrer dans le sas, il se ravisa :

" Ah oui, un petit détail encore. J'allais oublier ! Il vous faut encore ça… "

Il leur tendit à chacun un masque à oxygène :

" Sinon vous ne feriez pas long feu là-dessous, ajouta-t-il en riant.

Vous seriez morts asphyxiés en moins de trois minutes ! Allez, bonne chance ! "

Et la porte du sas se referma sur eux.

Une fois dans le noir ils découvrirent que leurs combinaisons étaient fluorescentes.

" Comment on va faire pour lui parler avec ces masques sur le visage ? se demanda Jean.

- Vous en faites pas ! leur répondit le bonhomme. Vos émetteurs-récepteurs sont équipés d'un système qui capte les vibrations de votre voix malgré le masque. D'ailleurs, vous voyez, il fonctionne parfaitement. "

A moitié rassurés, les deux jeunes gens voulurent entamer leur exploration, mais ils n'allèrent pas bien loin. Au bout de quelques pas en effet, ils s'arrêtèrent, absolument sidérés : dans la lumière fluo de leurs combinaisons, ils découvrirent une bande de rats rigolards qui les attendaient, un sourire ironique au coin des moustaches ! Une bande… une troupe plutôt. Quelques centaines ! Un sacré comité d'accueil ! Ah la bonne blague ! Ils avaient l'air tout à fait ravis de la frayeur qu'ils provoquaient, avec leur museaux pointus qui frémissaient et leurs petites têtes malines, aux yeux intelligents qui s'inclinaient d'un coté, de l'autre, comme s'ils se demandaient quel témoignage de bienvenue conviendrait le mieux à ces deux téméraires…

" Ils vont nous grignoter les oreilles, déchirer nos combinaisons et se glisser sous nos vêtements, nous manger par l'intérieur… s'effraya Jules.

- C'est un cauchemar ! Au secours…. hurla Jean. Fais quelque chose, Jules ! C'est le moment de te servir de tes pouvoirs.

- Ha ha ha ! rigolèrent les rats tous en chœur. Ses pouvoirs ne peuvent rien sous la terre. Il te l'a pas dit, ça ! "

C'est ainsi que les deux humains comprirent qu'ils n'avaient pas affaire à n'importe quels rats :

" Vous parlez notre langue ! s'étonna Jean.

- Pas uniquement la vôtre, hé p'tite tête ! Toutes les langues ! De tous les peuples qui nous nourrissent depuis si longtemps. Hé hé… Vous nous avez toujours tenus pour une espèce intelligente parmi les espèces intelligentes. Vous n'aviez pas tort et nous avons mis notre intelligence à profit : nous nous sommes cultivés ! Toutes vos connaissances, nous les avons acquises grâce à vos déchets. Tous vos rebuts, nous les avons étudiés, assimilés, compris… Maintenant, vous voyez, c'est nous qui avons pris la main ! "

Celui qui parlait n'était pas différent des autres.

" Sont-ils tous aussi intelligents ou celui-ci est-il le plus évolué ? se demandaient Jules et Jean.

- N'ayez pas peur, intervint un autre. On ne vous mangera pas. On a suffisamment de quoi avec vos déchets.

- On ne vous mangera pas, mais il va falloir que vous nous donniez la place que nous méritons sur Terre, ajouta un troisième. "

C'est drôle, maintenant, ils prenaient la parole à tour de rôle, comme s'ils avaient lu dans les pensées des deux garçons.

" Sans quoi, c'est nous qui prendrons votre place. C'est pourquoi nous avons bloqué le système d'évacuation de vos ordures. Pour vous montrer de quoi nous étions capables !

- Et, si vous ne nous prenez pas au sérieux, vous vous engloutirez vous-mêmes sous vos propres déjections, gri, gri, gri… "

Cette idée déclencha un fou-rire généralisé.

" Gri, gri, gri… répétèrent-ils, tous ensemble. "

Un grésillement métallique qui se propagea dans le réseau du collecteur et qui s'amplifia comme si tout le peuple rat riait au diapason.

" Mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? se défendit Jean.

- Oui, qu'est-ce que vous attendez de nous ? reprit Jules.

- C'est très simple, répondit le premier des rats qui avait parlé. "

Il se frottait les pattes antérieures comme quelqu'un qui savoure d'avance la bonne blague qu'il va raconter :

" Voilà !…

 

CM2 Combs la Ville

 

 

…Tout d’abord… "

Ses yeux devinrent rouges, il fixa Jean et Jules et prononça cette formule :

" ABRACADABRA

Dans la vallée de Dana

Vous deviendrez des rats . "

A cet instant, les deux humains se transformèrent en petits rongeurs aux moustaches frétillantes.

Jules fut le premier à réagir :

" Mais qu’est-ce qui nous arrive ? Nous sommes devenus des rats ! Quelle horreur !

- Nous vous avons transformés car vous allez avoir à accomplir trois épreuves pour lesquelles il vaut mieux être rat. Si vous réussissez … vous redeviendrez humains.

-Tout d’abord, nous, le peuple des rats Civilisés (P.R.C) on en a ras la casquette des déchets chimiques .

-Ouais ! Tout ce raz-de-marée pollue nos déchets comestibles, poursuivit un autre rongeur .

-Il ne manquerait plus qu’il nous parle du dieu du soleil égyptien . Tu sais Râ !… dit Jean à Jules discrètement .

-Qu’ est- ce qu’il dit ? s’inquiéta un des rats .

Celui qui semblait être le chef répondit :

-J’ en sais rien, ce n’est pas important . Donc les déchets chimiques doivent disparaître . C’est votre première mission, et je vous rappelle que vous devez l’accepter sans quoi, c’est nous qui prendrons votre place et vous resterez comme vous êtes . "

Le rat qui se tenait au deuxième plan enchaîna :

" La deuxième épreuves sera d’empêcher l’homme à la camionnette de nous faire exterminer. En effet, nous avons appris par nos service de renseignements qu’il projetait d’engager des exterminateurs de rats professionnels.

- Oui, des ratons laveurs, dit un des autres animaux.

Mais non imbécile ! Des spécialistes de la dératisation.

Enfin pour la troisième, il s’agit de résoudre une énigme. Il s’agit de ronger le filet dans lequel est emprisonné le lion.

  • Le lion ! dirent les deux amis en chœur. Il ne manquait plus que ça…

- Oui, nous avouons que cette épreuve reste une énigme pour nous également ; c’est un vieille histoire que nous nous racontons de génération en génération. En fait, nous n’avons jamais vu de lion. Alors… BONNE CHANCE !… Ah ! J’allais oublier deux petits détails. Nous avons rebouché l’accès par lequel vous êtes arrivés.

Sympathique ! Et le deuxième ? demanda Jules. Confisqués les émetteurs- récepteurs et les masques à oxygène ! Vous n’en avez plus besoin ! Maintenant, vous êtes des rats gri, gri, gri… "

Le chœur des rats retentit partout.

Les deux amis s’observèrent tristement. Jules dit :

" - Donc, il faut que nous trions tous les déchets.

-Je crois qu’encore une fois nous n’avons pas le choix. "

Ils se mirent au travail, mais avec leur petite patte, cela n’avançait guère. De toute façon, même s’ils avaient eu les plus grandes pattes du monde, il n’aurait pas été au bout de leur peine…

Après quelques heures de dur labeur, Jean n’en pouvait plus. Il s’arrêta et dit :

" Je maudit ce jour où j’ai quitté ma maison. Tout était si doux là- bas ! Jamais nous ne finirons… "

Jules sentant son compagnon très découragé, s’arrêta également et chercha à le soutenir :

" C’est vrai, tu as raison. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Tu parles d’une auberge ! " A ces mots, Jules réfléchit et prit la parole avec une voix que son camarade ne lui connaissait pas : "  Nous devons réagir. Faisons le point de la situation. Nous sommes transformés en rat. Nous devons faire trois épreuves qui nous paraissent toutes plus impossible les unes et les autres. Je ne voit qu’une solution… Ah, oui ! Laquelle ? Gros malin ! Nous devons ressortir, ainsi je pourrai peut-être utiliser l’un de mes pouvoirs. "

Ceci n’apporta que peu d’espoir à Jean. Cependant, il murmura :

" Mais comment ? L’accès est rebouché !

Bon, rappelle- toi, le responsable du P.R.C. nous a dit qu’il fallait mieux être rat pour résoudre nos problèmes. Peut-être qu’une voie par laquelle seul un petit animal peut passer nous mènera à l’extérieur ? Il faut que nous cherchions.

Maintenant, je suis prêt à tout tenter. "

Ils eurent beaucoup de chance, si l’on peut dire, car ils trouvèrent un petit passage au bout de quatre heures " seulement ". Le minuscule couloir menait bien à l’extérieur. Le soleil leur fit mal aux yeux. Ce n’est qu’au bout de cinq bonnes minutes qu’ils purent distinguer les détails qui les entouraient. Peut-être une agréable surprise … et non, l’endroit était vraiment très sale.

Jean, le premier, réussit à prendre la parole :

" Nous sommes sauvés !…

-Je te rappelle que nous sommes toujours des Rats ! Et que les déchets sont toujours là.

Oui, mais tu peux utiliser tes pouvoirs puisque nous sommes à l’air libre.

Je vais essayer de réunir mes forces pour que tous les Rats qui se trouvent en surface se mettent au travail.

Et puis tu devrais leur dire de convaincre tous ceux qui se trouvent sous terre d’en faire autant. "

Jules fit des choses qui sont difficiles à expliquer :des phrases, des gestes, des cris, des ? ? ?…, et plein d’autres choses.

Le résultat ne se fit pas attendre ; non seulement les Rats se mirent au travail de tri (apparemment sans s’en rendre compte), mais en plus l’homme à la camionnette apparut, participant gaiement à toutes ces activités joyeuses. Il prit même la parole :

" Vous tous, membres du Peuple des Rats Civilisés, quand je vous vois tous entrain de trier ces déchets, je suis ému. C’est pourquoi je n’appellerai jamais les exterminateurs que j’avais contactés.

Il avait raison, deux des épreuves étaient réussies car les rats avaient été très efficaces grâce aux pouvoirs de Jules.

Quant à la troisième épreuve…personne ne savait comment s’y prendre.

C’est à ce moment que Jean découvrit un livre à moitié dévoré, son regard fut attiré par un mot écrit avec une majuscule :c’était le mot RAT.

Il s’approcha et découvrit une phrase :

L’Attila, le fléau des Rats

Rendait ces derniers misérables.

La couverture laissait apparaître des syllabes : …. DE .. FONTAINE

-Voilà peut-être la solution à tous nos problèmes ?

Ils feuilletèrent l’ouvrage en essayant de déchiffrer les mots parfois incomplets…

 

 

CM1 - CM2 de Bussy

 

Mais les mots défilaient sous leurs yeux sans révéler le moindre indice. Alors ils revinrent en arrière et se replongèrent dans l’énigme de cette couverture au titre mystérieux.

" FONTAINE…FONTAINE…FON…TAINE…,répétait à haute voix Jean .Quel rapport avec le mot RAT ?

-Attends, j’ai peut-être trouvé , s’exclama Jules. RATS DE LA FONTAINE,…il s’agit peut-être de …

-Mais que pourraient bien faire des rats dans une fontaine ?, interrompit Jean.

-Tu as raison. Ca n’a aucun sens !

-Cela pourrait être alors … EAUX …, EAUX DE LA FONTAINE, …des eaux aux vertus …

-Oui, mais quel rapport encore avec " L’ATTILA, le fléau des rats…le lion qu’il faut délivrer de son filet…Tu as vraiment trop d’imagination ! ! ! "

Tout en discutant, Jules trottait sur les pages déchiquetées. Il plantait de temps à autre, nerveusement ses griffes accrocheuses dans le papier usagé pour mieux tourner les pages. Certaines avaient déteint, d’autres rétréci ; l’encre s’était étalée , l’écriture était devenue illisible à certains endroits. Ce qui ne les aidait pas dans leur recherche ! C’était un vrai casse-tête !

Jules s’arrêta alors sur une feuille marbrée de noir, toute moisie laissant quand même deviner certains mots :

-Regarde ces pages. Je crois bien que la clé du mystère est là. Tu ne remarques rien ? Ces mots…ces bouts de phrases…Renard…Maître corbeau…fromage…odeur alléchée…cigale…l’été…famine…je chantais.

-Je me souviens ; quand j’étais petit, ma mère me les lisait souvent avant de m’endormir. Je les ai entendues des centaines de fois. Ce sont des fables !

-Et moi, je les ai apprises à l’école ; je les connais par cœur .Tu t’souviens qui les a écrites ?

-Mais oui ,c’est Jean…

-C’ était toi ? …

-Mais non gros bêta. JEAN DE LA FONTAINE ! ! ! "

Ils s’amusèrent à en déchiffrer d’autres. Cela ne faisait aucun doute ;il s’agissait bien d’un fablier.

Mais comment allaient-ils maintenant expliquer aux rats que cette vieille légende ancestrale qui les effrayait tant n’était qu’une histoire imaginaire qu’un conteur avait écrit pour le plaisir des grands et des petits ?

Comment allaient-ils les convaincre que le lion pris dans les rets n’était autre que le héros de la fable LE LION ET LE RAT ?

" Ils ne nous croiront jamais, s’inquiéta Jean. Ils pensent que pour se protéger d’Attila, il faut délivrer ce fameux lion.

-Pas de panique, ajouta Jules, nous allons leur faire croire que nous l’avons libéré et leur en apporter la preuve.

-Mais comment ?Où ?Ils sont méfiants et demanderont à le voir !

-Voilà comment nous allons nous y prendre. "

Et Jules murmura ses projets à l’oreille de Jean ,de peur d’être entendu.

Aussitôt chuchoté, aussitôt fait ; ils se précipitèrent vers l’entrée de la galerie où les attendaient, les pattes dressées, les rongeurs ricaneurs. Ils leur annoncèrent leur victoire, tout excités, et attendirent la tombée de la nuit pour les emmener juger de leurs propres yeux.

Pourquoi à la tombée de la nuit ?Jean et Jules avaient remarqué depuis leur arrivée, chaque soir, un gorille engouffré dans les détritus jusqu’au cou, occupé à se goinfrer. Comme le P.R.C. n’avait jamais vu de lion, il serait facile de les tromper et de les impressionner ,…vu leur taille !

En s’approchant de la décharge, une odeur pestilentielle leur fit dresser les moustaches et les stoppa dans leur élan , non loin du tas d’ordures. Là, ils se postèrent derrière des boîtes de conserves éparpillées sur le sol et inspectèrent les environs. C’est alors que la bête affamée surgit, en poussant des cris épouvantables. Les rats terrorisés, tremblant des pattes au museau

le poil hirsute, ne voulurent pas rester davantage. Ils en avaient assez vu.

Ils regagnèrent leur trou ,soulagés. Ils ne craindraient jamais plus Attila ni ses châtiments maintenant que leur sauveur était en liberté.

Le chef prit alors la parole tandis que les autres sautaient de joie :

-Vous nous avez sauvés ! Comment vous remercier ?

-C’ est facile !, s’empressèrent de dire en chœur Jean et Jules.

-Rendez-nous notre apparence humaine, ajouta Jules, nos masques…

-Et nos émetteurs récepteurs, s’étouffa Jean. Nous vous en serons très reconnaissants.

-Mais, bien sûr !Vous l’avez bien mérité.

A ces mots , il ajouta ceux d’une formule réparatrice de mauvais sort :

WULULI WULA WA !

DANS LA VALLEE DE DANA

QUE LE MAUVAIS SORT SOIT ROMPU
QUE, RATS, ILS NE SOIENT PLUS

Foi d’animal, foi de rat !

A ce moment-là, les deux jeunes sentirent des picotements et des chatouilles sur tout le corps. Leurs poils tombèrent en un éclair, leur colonne se redressa et sous les yeux en amande de centaines de rats, deux grands gringalets apparurent. Sous les acclamations des rats enchantés, Jean et Jules se dévisagèrent. Heureux de cette transformation, ils remercièrent le P.R.C. et remontèrent en surface.

Les premiers pas furent hésitants car ils avaient perdu la notion de l’équilibre sur deux jambes et la lumière les éblouissait. Quand ils purent enfin ouvrir grand les yeux, ils découvrirent Déchetville métamorphosée.

Grâce aux rats de la ville et à l’homme à la camionnette, elle avait retrouvé ses charmes perdus et s’était embaumée de parfums oubliés.

Depuis combien de jours n’avait-elle pas mis à jour sa garde-robe ?

Jean et Jules la parcoururent, la joie de vivre retrouvée. Ils étaient prêt à tout pour redonner un grand bol d’air pur et la faire revivre.

-Mais pourquoi tu n’utilises pas tes dons pour redonner VIE ,aux plantes, aux arbres, et…à ce petit homme collé à son chewing-gum ? ",s’étonna Jean.

Jules comprit combien cela était important aux yeux de Jean, qui avait longtemps imaginé , dans ses rêves, ce monde inconnu ,plein de merveilles , qui ,depuis son grand départ , lui avait exposé jalousie, méchanceté, injustice…rien que les mauvaises choses !

Il concentra toute son attention d’abord sur les fleurs qui sortirent de leur long sommeil, toutes décoiffées puis, quand vint le tour des arbres, retentit un bruit fracassant ; à sa grande stupeur, le cratère alors assoupi, se remettait à vomir des déchets. Tous leurs efforts n’allaient donc servir à rien ?

Ils ne tenaient plus et se ruèrent vers le cratère. Quel ne fut pas leur étonnement quand ils reconnurent au loin deux silhouettes qui leur était familières . C’était incroyable ! N’était-ce pas Galfio et Jack ? Que faisaient-ils là ?

 

Jacques Cassabois

 

Lorsqu’il les vit, Jules se jeta à plat ventre en entraînant Jean avec lui :

" Walec’h darorh’ ! s’exclama-t-il. "

Et il se repentit aussitôt d’avoir parlé dans la langue de sa planète.

Jean le regarda, stupéfait tout à la fois de se retrouver par terre et de prendre conscience que les péripéties de leur vie de rat lui avaient fait oublier que Jules venait d’un autre monde. Qui sait même, si son allure humaine n’était pas qu’une apparence ?… Une sorte de déguisement imité à la perfection ?

" Oui je sais, dit Jules qui semblait deviner les pensées de Jean, il faudrait que je te donne quelques explications, mais le moment est vraiment mal choisi, avec ces deux énergumènes à proximité. "

Jules prononça ces derniers mots d’une manière très étrange. On sentait qu’il connaissait le trapéziste et le clown, qu’ils avaient en commun des souvenirs bien plus anciens que les quelques temps passés au cirque et, en l’écoutant, une très brève intuition s’alluma dans l’esprit de Jean : Jack et Galfio, en réalité, n’étaient pas Jack et Galfio !

" Ce ne sont pas leurs vrais noms, n’est-ce pas ! demanda Jean. C’est une fausse identité.

- Oui, admit Jules, sans chercher à dissimuler la vérité. De la même manière que, moi non plus, je ne m’appelle pas Jules... "

Jean resta silencieux, comme foudroyé par cette révélation, à dévisager cet être qu’il continuait de considérer comme son ami.

" Je viens de la planète Ishtar, du système solaire d’Enlil, dans la galaxie d’Ecoumène et je m’appelle Beltoch’. Traduit dans la langue terrienne, cela signifie à peu près " Puissance de la nature ". Je ne peux pas prononcer le nom des deux autres. Parce que je les attirerais vers nous et puis, parce que nommer le mal renforce le mal ! Je suis venu sur votre planète pour les ramener dans notre système solaire. Ils ont des comptes à nous rendre. D’ailleurs, à peine débarqués sur ta planète, ils ont donné libre cours à leur immense pouvoir de nuisance. Rappelle-toi l’incendie du cirque.

- Je me souviens… Mais, il n’y a rien dans ce délit, qui révèle leur appartenance à un autre monde.

- Rien ? Tu trouves ? Réfléchis bien… Si tu avais commis un tel acte, crois-tu que tu t’en serais tiré aussi facilement ?… Sans être arrêté par la police, jugé, condamné à réparé ?…

- C’est vrai ! Eux n’ont été que renvoyés par le directeur.

- Voilà, tu as compris ! C’est à cela qu’on voit leur force : nuire, détruire, sans jamais être inquiétés.

- Cela paraît à peine croyable. Mais c’est vrai que personne ne s’est étonné que la police n’intervienne pas. Ils ont été licenciés et les choses ont repris leur cours, comme si risquer la vie de centaines de spectateurs n’était pas si grave que ça... "

Soudain, Jules fit signe à Jean de se taire. Il ferma les yeux et écouta, la tête légèrement tournée vers le ciel. Il était d’une concentration absolue et, pendant un bref instant, Jean vit passer sur son visage des images de la ville qui venait de reprendre vie et dont des quartiers, déjà, commençaient à faner.

" Dihr’k L’habadeh ! sacra Jules. Leur sale besogne gagne du terrain ! "

Puis, il expliqua à Jean :

" Le cirque, tu sais, ce n’était qu’un coup d’essai ! Après, ils ont donné libre cours à leurs talents… Tu vois à quoi je fais allusion ? "

Et soudain, Jean comprit :

" Quoi ! Tu veux dire que Déchetville, c’est eux ! s’exclama-t-il.

- On ne peut rien te cacher. Déchetville, c’est eux, en effet ! acquiesça Jules. Et, ils ne se sont pas arrêtés là, tu peux me croire. 

- Il n’y a pas qu’un seul Déchetville à la surface de la Terre, c’est ça  ?

- Hélas non. Et pour chacun, ils ont su inventer des variantes. Quand vous découvrirez tout ce qu’ils ont fait, vous aurez de la peine à l’admettre ! 

- Alors, le cratère qui recommence à vomir… C’est aussi eux ?

- Oui ! Ils n’ont pas été longs à réagir, n’est-ce pas ?

- Mais attends, je ne comprends plus rien. Déchetville, je croyais que c’était les rats qui en avaient pris le contrôle à force de se nourrir des déchets des hommes.

- Ils ont cru prendre le contrôle de la ville. En réalité, ils ont profité d’une situation provoquée par d’autres.

- Jack et Galfio ?

- Parfaitement ! Et, tu vas voir leur habileté : les rats qui se croyaient les maîtres risquaient à leur tour, de se faire exterminer…

- par Jack et Galfio, les fameux exterminateurs professionnels ! Ainsi, après s’être débarrassés des hommes, ils allaient se débarrasser des rats !

- Tu as tout compris. Ils ont toujours agi de cette manière !

- Les vicieux ! "

Jules et Jean se turent. Au loin, l’horrible gargouillis du cratère résonnait de son infâme musique. Jean était anéanti :

" Mais comment se fait-il que vous les ayez laissé faire si longtemps ! s’exclama-t-il, impuissant à trouver une solution.

- Cela peut paraître incroyable, mais on n’avait pas vraiment conscience du danger qu’ils représentaient. Au début, on a commencé par vouloir les éduquer. Et quand on a vu qu’on n’arrivait à rien, on les a exilés ; notre plus grave erreur. Ils ont semé le désordre et le mépris dans toutes les terres habitées de notre système solaire. C’est alors que nous avons pris conscience que leurs actes étaient si puissants que notre système solaire commençait à en être déséquilibré ! En effet, on observait des aberrations dans les orbites des planètes, certaines atmosphères se réchauffaient. Ils devenait urgent de les arrêter. Mais le temps avait passé. Ils étaient avaient plusieurs fois changé de galaxie. Leur trace m’a conduit sur votre Terre. Je n’ai eu aucune peine à les suivre. Dans l’espace, les régions qu’ils ont traversées sont plus chaudes. Ce sont de vastes territoires qui sont maintenant contaminés par cette chaleur. "

Jean écoutait Jules. La colère montait en lui. Soudain, il dit :

"  J’ai une idée. A deux contre eux, on n’arrivera à rien. Mais on a des alliés.

- Les rats ?

- Oui ! On les as libérés du lion. Ils nous doivent un service. "

A cet instant, deux éclairs jaillirent des ordures qui commençaient à s’amonceler et s’abattirent sur Jules :

" Kris’treb gari’k karodh !

- Gor’hoki kabak ragrha doukh ! hurlèrent Jack et Galfio.

- Walec’h darorh’ ! cria Jules en se débattant. "

Mais les deux malfaiteurs avaient l’avantage de la surprise. Jules succomba vite.

 

Jean n’hésita pas un instant. Voyant qu’il n’était pas de taille à délivrer son ami, il s’enfuit sans insister. Il savait où il allait et il le pensa très fort, en espérant que Jules comprendrait ses intentions.

Il se dirigeait tout droit vers l’échangeur 24, par où ils étaient descendus sous la ville ; là où, pour la première fois ils avaient rencontré le peuple rat !

 

Chapitre 8

CM1 - CM2 de Bussy

 

Il y pénétra et rejoignit ses amis . Il leur expliqua tout ce qui s’était passé depuis qu’ils s’étaient quittés.

" Oh, mon Dieu ! Mais ce sont les deux fameux exterminateurs dont nous parlait si souvent l’homme à la camionnette, s’exclama le chef, inquiet.

- Oui, ce sont eux. Et il faut à tout prix sauver ce pauvre Jules, implora Jean. Ils sont vraiment trop dangereux et prêts à tout pour dominer et imposer le MAL partout dans l’univers.

- Oui, mais nous avons trop peur. Ils sont puissants et vont nous réduire en bouillie…

- Mais non, courage ! Rappelez-vous de cette fable " Le lion et le rat " qui dit qu’on a souvent besoin d’un plus petit que soi. C’est la morale de cette histoire. Il faut y croire !

Les plus petits peuvent souvent être utiles aux plus puissants.

Et puis savez- vous que ce sont ces deux crapules qui sont à l’origine de tous vos problèmes ? C’est Jules qui me l’a dit. Vous êtes en fait les habitants de Déchetville. Ils vous ont métamorphosés en rats pour vous dominer et si vous n’agissez pas, alors ils détruiront la ville … et vous avec !

- Qu’ est- ce que tu racontes ? Tu dis cela pour nous convaincre…ajouta le chef.

- Non, c’ est la vérité ! Jules te le confirmera, insista Jean.

Et s’il avait raison, réfléchit, tout haut, le plus jeune d’entre eux. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Unissons toutes nos forces , usons de notre imagination pour délivrer

Jules et sauver notre peau. Allez, en avant ! "

Par centaines, ils se mirent en route avec Jean et, le chef des rats, en tête.

Pour parvenir jusqu’au cratère, ils empruntèrent des galeries souterraines, parfois trop étroites pour Jean mais rien ne l’arrêtait.

" Mieux vaut ramper et se salir plutôt que se cogner la tête à chaque pas ! , pensait Jean. "

Ils fouillèrent et explorèrent les moindres recoins pour retrouver Jules. Sans succès .

Jean, inquiet pour son ami, eut soudain une idée et demanda aux rats s’ils avaient un bon flair.

" Oh, bien sûr, ce serait tellement plus facile si nous connaissions l’odeur particulière de ton ami, précisa le chef du P.R.C.

- Attendez, je crois avoir ce qu’il vous faut. Voici son émetteur récepteur. Quand vous nous les avez rendus, vous vous êtes trompés et vous les avez échangés.

- C’est parfait ! Laisse- nous nous en imprégner.

Chaque petit rongeur le renifla en profondeur, concentré à capter les ondes qui les mettraient sur la trace de Jules.

Puis ils reprirent leurs recherches , guidés par leurs petites moustaches détectrices. Ils progressèrent dans un passage , lugubre, quand soudain, surpris par un torrent de déchets nauséabonds qui fonçait sur eux , ils durent rebrousser chemin. Ils coururent " à toutes pattes " et se réfugièrent dans un abri qu’ils n’avaient pas remarqué à l’aller , tant il était sombre et bien dissimulé derrière des canalisations. Ils s’ y entassèrent et refermèrent avec .précaution la porte derrière eux.

Ils étaient là depuis quelques secondes, quand l’un d’eux s’écria :

- Venez- voir, il y a quelqu’un là , dans ce coin !

Tous s’avancèrent. Dans la pénombre, ils reconnurent, Jules , recroquevillé dans un coin, ligoté et bâillonné.

- Vite, emmenons- le dehors avant que Jack et Galfio ne reviennent.

Les rats déployèrent toutes leurs forces pour transporter Jules, qui était sans connaissance, lui rongèrent les liens et lui tapotèrent les joues afin de le réveiller.

Jules, reprenant peu à peu ses esprits, les remercia.

- Ah, me voilà enfin libéré ! soupira- t- il en prenant une grande bouffée d’air. Merci les amis, merci beaucoup . J’ai bien cru que je n’allais pas m’en sortir ; Jack et Galfio voulaient me faire disparaître et m’envoyer sur une planète inhabitée où j’aurai fini par mourir, par manque d’air , tous mes pouvoirs anéantis. Mais vous êtes arrivés et vous m’avez sauvé ! Je vous dois la vie et … quelques explications . Jean vous a peut-être déjà raconté ! "

Il leur expliqua que ces deux vauriens leur avaient d’abord volé leur apparence humaine, puis détérioré leur mémoire pour les rendre impuissants et pouvoir installer un réseau de trafic d’animaux et de défenses d’éléphants sans être gênés dans leur projet .

Sans plus attendre, il leur rendit leur forme humaine et tous sautèrent de joie .

"  Dépêchons- nous, rappela Jules. Ils sont partis faire les derniers préparatifs et vont reparaître d’un moment à l’autre.

- Maintenant, travaillons notre plan d’attaque, s’empressa de dire Jean.

- J’ai une idée, s’écria un habitant, on pourrait aménager des pièges, à l’entrée de la savane.

- On pourrait creuser un grand trou, le recouvrir de feuilles et les attirer sans qu’ils se méfient, dit un autre . "

Ils se rendirent sur les lieux et se mirent tous à l’ouvrage, creusant, camouflant…Les pièges furent vite prêts.

- On aurait maintenant besoin d’un appât, reprit Jean. Qui serait volontaire ?

Mais personne ne voulait l’être, craignant de subir à nouveau les mauvais traitements de ces scélérats.

Alors Jules se désigna, promettant d’être prudent.

Il regagna le cratère, laissant ses amis se mettre en position, prêts à intervenir lors de la capture et attendit le retour des deux malfrats. Il se fit remarquer aussitôt pour qu’ils se lancent à sa poursuite. Une course folle , pleine de ruses, les pouvoirs de l’un contre les pouvoirs des deux autres, les conduisit à l’endroit prévu.

Les deux gredins réussirent à éviter les deux premiers pièges, par chance, mais tombèrent dans le troisième sans s’y attendre, vociférant contre Jules.

Du fond de leur trou, ils s’agitaient dans tous les sens et hurlaient.

Aussitôt pris, Jules leur cria : " Au nom de la loi ishtérienne, je vous arrête ", et sans attendre , il les immobilisa à l’aide de menottes intergalactiques et d’un masque de fer, leurs pouvoirs rendus ainsi inutilisables.

Il déploya alors toute sa puissance surnaturelle et les expédia dans une prison de sa planète où ils furent accueillis par un juge et un gardien qui les reconnurent et les enfermèrent aussitôt. Jules ne les avait pas accompagnés car il voulait encore rester avec son ami pour explorer ce monde.

Tandis que jack et Galfio étaient jugés et condamnés à être congelés pour que soient rompus leurs pouvoirs maléfiques, Déchets-Ville reprenait sa vie normale et la surface de la terre était nettoyée de leurs mauvaises actions.

Jean et Jules avaient tout fait pour réparer l’usine de traitement de déchets depuis l’arrestation et l’extradition des deux traites. Ils s’étaient mis au travail plus vite qu’un cheval au galop ! Grâce à ses pouvoirs, jules avait dans un fracas épouvantable rétabli le système d’évacuation des ordures. Les habitants retrouvaient leur ville comme avant. Les commerces reprenaient leur activité, les enfants le chemin de l’école. ils y apprenaient de nouvelles fables en souvenir de leur mésaventure.

Jules était heureux : il avait accompli sa mission. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à éclaircir l’affaire du cirque avec M. Menez, son directeur. Il devait bien cela à Jean ! il proposa au maire de Déchets-Ville de recevoir le cirque Mondo-Mondo pour quelques représentation dans sa ville. Un matin, un convoi de caravanes débarqua à la grande surprise de Jean. Quand le directeur aperçut les deux aventuriers il les accueilli à bras ouverts.

" - bonjour ! quelle surprise de vous voir ici !

- Nous voulions vous rencontrer pour vous expliquer ce qui s’est passé lors de notre dernière représentation.

- N’en parlons plus. C’est un mauvais souvenir.

- Si, si, au contraire, nous avons des choses importantes à vous apprendre. Jules lui raconta alors toute l’histoire : sa mission sur Terre, la véritable identité de jack et Galfio, leur projet de nuire et de détruire, leur culpabilité dans la dernière représentation. Le directeur l’écoutait, les yeux écarquillés, mêlés de curiosité et de colère, la bouche bée. Il s’excusa auprès d’eux :

- Je suis désolé. J’avais tellement confiance en Jack et Galfio, à mon service depuis dix ans, que je vous ai accusés sans preuves, ne vous connaissant pas assez. Allons fêter nos retrouvailles dans ma roulotte. " M. Menez leur offrit un verre d’orangeade et quelques friandises. Jean était émerveillé par le décors soigné de la roulotte. Son regard se promenait discrètement dans toute la pièce et finit par se poser sur un rameau d’aubépine placé sur une commode et un photo sur laquelle posait le directeur, un femme et sans enfant dans les bras. Il détailla cette femme, il la connaissait, elle ressemblait étrangement à sa mère, plus jeune. Il ne put résister et posa quelques questions à M. Menez.

" - C’est votre femme et votre enfant ?

- Oui répondit-il fièrement, mais je ne les ai pas vus depuis longtemps. Hélas ! Il y a dix ans, suite à un accident de trapèze, lorsque je décidait de monter mon propre cirque et de partir à l’aventure sur les routes ma femme refusa de me suivre à cause de notre fils, elle voulait lui assurer un avenir convenable et prometteur et lui permettre de faire des études.

- Comment s’appelait votre fils ? enchaîna Jean impatient.

- Il s’appelait Jean.

- Et votre femme.

- P… Patricia.

- Mais,… bégaya jean, très émus, la gorge serrée, les larmes aux yeux,… vous êtres… mon père ! Ma mère m’a parlée de vous quand j’ai pris la décision de faire carrière dans le cirque. Elle m’avais remis un rameau d’aubépine comme celui qui se trouve posé sur votre meuble. Regardez. " Il le sortit tout froissé.

M. Menez n’y tenait plus, se leva et enlaça Jean. Il ne trouva aucun mot pour exprimer sa joie mais le serra très fort. Jules n’en croyait pas ses oreilles ni ses yeux. Un bonheur total l’envahissait. Sans tarder, Jean pris la décision d’inviter sa mère au spectacle le soir même ce qu’elle accepta avec empressement. La séparation lui avait semblé très longue. Mais il avait été décidé que le père de Jean, M. Menez, ne se manifesterait pas. Elle ne le découvrirait que lors de la représentation pendant son discours.

Son émotion fut grande ce soir-là quand au début de la représentation, elle vit paraître sur la piste cet homme quelle n’avait jamais cessé d’aimer. Elle bouillait d’impatience de l e retrouver, quitta le chapiteau et risqua les coulisses. Dès qu’il l’aperçut, il s’élança vers elle.

Jean les rejoignit, le cœur remplis de joie. La famille enfin réunit allait pouvoir prendre la route de l’aventure.

Jean demeura encore quelques mois aux côtés de Jean, pour lui enseigner le métier de dompteur. Jean avait décidé de succéder à Jules.

 

A l'année prochaine...

 

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