Publication : le journal scolaire interactif

Créer son site Web

Pourquoi travailler avec la presse à l'école ?

L'éducation aux médias

Réaliser son journal scolaire

Un site Web école, un autre journal scolaire ?

Quelles sont les compétences développées ?

La presse scolaire en ligne

Les apports pédagogiques de l'Internet et le journal scolaire

Un outil au service des apprentissages

Les conditions de réussite d'un projet

 

Créer son site Web

La création d’un site est une étape essentielle dans la maîtrise de l’outil Internet. C’est au niveau pédagogique, la phase la plus intéressante et elle constitue souvent un projet très mobilisateur pour une classe ou une école. La motivation des élèves est grande car leurs productions répondent à un authentique objectif de communication et sont de ce fait valorisées.

Pour comprendre les enjeux d'une telle production, il faut souligner l'importance de l'éducation aux médias et l'intérêt du journal scolaire.

Pourquoi travailler avec la presse à l'école ?

L'événement est-il éphémère, superficiel, alors que l'éducation s'inscrit dans la durée, dans la profondeur ? L'école est-elle un milieu clos et la presse une fenêtre sur le monde ?

La relation éducation et média a toujours été complexe. L'école, lieu des savoirs durables et essentiels refuse souvent l'actualité : nous n'éduquons pas pour vivre l'instant présent mais pour que les élèves qui nous sont confiés puissent comprendre et agir sur le monde à l'âge adulte.

Pourtant, la presse est un moyen privilégié d’appréhender le monde extérieur. C'est un moyen d’intégration et un facteur de transformations sociales. L'actualité permet de mieux comprendre un monde qui évolue rapidement et son étude prépare l’enfant à la vie professionnelle et sociale.

Une école figée dans ses structures limite le pouvoir critique et l’esprit de décision de l’individu.

Il faut apprendre à l’enfant à décrypter le message proposé (c'est un univers codé), à l'analyser et à prendre conscience de la part du sensationnel, du phénomène de mode, du coté immédiat ou anecdotique de certaines informations.

La presse ne possède pas en soi de fonction éducative. L'information est sensibilisatrice et elle obéit à des règles de construction qui dépassent ses manifestations éphémères. Dans l’instant, cette information provoque la sensibilité, l’émotion et parfois le besoin de comprendre. Si elle n’est pas savoir, elle peut être motivation au savoir.

L'éducation aux médias

"Les médias se trouvent au cœur de la vie culturelle et politique du monde occidental, et c'est d'eux que nous vient pratiquement tout ce que nous savons ou pensons savoir sur ce qui dépasse notre expérience immédiate du monde.

Cela ne poserait guère de problème si les médias reflétaient la réalité. Mais nous savons aujourd'hui que chaque média codifie la réalité de façon différente, et que les messages médiatiques ne sont pas neutres, mais touchent nos valeurs et nos perceptions. En plus de nous informer sur le monde, les médias présentent des façons de le percevoir et de le comprendre".¹

Comme le souligne Roland Barthes, "Les médias ne reflètent pas la réalité, elle la représente". Il y a donc nécessité d'étudier le contenu du message mais aussi d'analyser le média qui le diffuse. L'information présentée a fait l'objet d'un choix des journalistes. Il s'agit de comprendre comment ces choix s'opèrent. Il s'agit de réaliser quelle place occupent les médias dans la société, leur impact social, et comment ils peuvent influencer nos perceptions.

Len Masterman, en 1985, dans son livre de référence, Teaching the media, évoque sept raisons rendant nécessaire le développement de cette éducation :

¹ Jacques Gonnet, "De l'actualité à l'école", Armand Collin, 1995

L'école se doit d'éduquer aux médias, ceux-ci occupant une place croissante dans nos sociétés, afin de former des citoyens responsables, capables d'appréhender le pluralisme de la presse. Pour l'enfant, le virtuel s'amalgame souvent au réel, la relation au savoir se complexifie. Ne pouvant échapper à l'actualité, il faut donc l'aider à se façonner des repères. En montrant les mécanismes propres au fonctionnement des médias d'information, l'élève va aiguiser un esprit critique et acquérir assez de distance pour séparer l'actualité, les faits, de l'émotionnel.

Jacques Gonnet, directeur du Clemi (Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Information), distingue trois étapes dans l'éducation aux médias :

Il faut créer un espace de disponibilité : privilégier un temps pour échanger, s'interroger, partager ses émotions, ses réactions. C'est un temps indispensable à la construction de la personnalité de l'enfant et qui révèle de la participation de l'école à la démocratie.

Elle caractérise tous les projets d'éducation aux médias : comprendre, organiser et hiérarchiser l'information. L'école joue ici un rôle fondamental car elle initie aux langages de nos sociétés contemporaines. Elle amène l'élève à s'approprier de nouvelles formes d'expression.

L'éducation aux médias suppose un projet. Plus celui-ci est identifié et organisé, plus l'action sera réussie. Cette dernière dimension concerne donc les différents projets mis en place : concours de photos, exposition, rencontre, création d'un journal…

 

Réaliser son journal scolaire

"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être impliqué pour ses opinions et celui de chercher à recevoir et à répandre sans considération de frontières les informations et les idées par quelque moyen que ce soit "

Article 19 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (1948)

Jouir de ce droit, encourager, accroître les capacités des élèves à s'exprimer, à produire des journaux, c'est contribuer à former des citoyens libres, actifs et responsables.

Ecrire un journal, c'est un véritable projet qui donne du sens aux activités proposées à l'élève (la recherche et l'analyse d'informations ; la compréhension des médias ; l'expression de soi ; la production d'écrits : sa planification et l'écriture proprement dite).

Ce projet doit être à l'origine de la mise en place d'un véritable processus démocratique. L'enfant peut ainsi comprendre qu'on agit sur le monde par la parole, il pourra se décentrer plus facilement de ses écrits, expliquer et justifier son travail, accepter plus facilement la critique des autres, formuler des questions, des suggestions ou des commentaires.

Créer un journal est souvent une formidable source de motivation pour tous les partenaires, adultes et enfants. Une grande exigence de qualité est exigée et acceptée par tous.

Associer pleinement l'élève à l'élaboration d'un journal, c'est le mettre au centre du système d'apprentissage, c'est le rendre actif dans la construction de ses propres savoirs.

Cette conception de l'enseignement et de l'élève est le fruit d'une longue histoire, héritière de la philosophie des Lumières et des grands pédagogues.

 

Un site Web école, un autre journal scolaire ?

La création d'un site s'inscrit dans la tradition du journal scolaire et la motivation des enseignants s'apparente à celle de leurs illustres prédécesseurs. Ainsi, de nombreuses écoles se réclamant de Célestin Freinet sont présentes sur le Web.

Il faut néanmoins souligner quelques différences :

 

Quelles sont les compétences développées ?

Les compétences transversales, disciplinaires et interdisciplinaires mises en jeu dans une telle réalisation sont nombreuses. En effet, il faut :

au niveau de la communication :

au niveau organisationnel :

au niveau disciplinaire et interdisciplinaire :

Compétences techniques :

Il est essentiel de motiver et d'impliquer tous les élèves et il est fondamental de donner une dimension interactive au site en participant à un projet collectif. La liste Edufrançais (http://www.cru.fr/listes/edufrancais@cru.fr/) en propose de nombreux chaque semaine.

 

La presse scolaire en ligne

De plus en plus d'écoles primaires créent leurs sites Web et certaines d'entre elles diffusent des journaux scolaires. L'utilisation d'Internet est sans doute encore trop récente pour voir développer des projets de presse spécifiques ; ainsi les écoles ne diffusent souvent que la version papier numérisée de leurs productions.

Le Tumulus de l'école de Piquecos : cette école est devenue l'école française la plus célèbre sur le Web. En ligne depuis 1995, le site présentait d'abord l'école et la région puis avec l'aide du rectorat de Toulouse le site s'est étoffé. Des dossiers, des interviews, des jeux, le livre d'or puis le journal ont été mis en ligne. La "célébrité" de cette école lui a permis de multiplier les échanges avec d'autres écoles en France et à l'étranger mais aussi avec d'autres partenaires, scientifiques ou responsables venus "observer". La richesse de ces contacts se reflète dans les articles du journal. Celui-ci est composé en trois parties : les articles sur les activités de classe, des résumés ou critiques de livres et une rubrique consacrée aux nouvelles technologies et aux activités ou rencontres qui en découlent. Il n'y a pas de spécificité "Internet" de ce journal mais la popularité de ce site lui permet d'être régulièrement visité et le journal d'être consulté.

Le Cyberpresse : ce projet est un "vrai" projet presse en ligne. Fruit de la collaboration du CRDP de Poitiers, du CLEMI, de partenaires canadiens et des classes des deux pays. Les écoles envoient par la messagerie des articles à la Cyberagence. Les articles sont ensuite sélectionnés ou rejetés par les classes "comités éditoriaux". Ensuite, dans un premier temps, le comité de rédaction, composé d'élèves, de professeurs et des responsables du projet, est chargé d'organiser la Une et de garder ou non certains articles ; dans un second temps, les parties françaises et canadiennes du comité se réunissent par visioconférence et décident de la Une finale. Les rubriques et les thèmes des cinq numéros, décidés par le comité, sont présentés sur le site du CRDP ainsi que des fiches techniques d'aide à l'écriture journalistique, conçues par le CLEMI, la méthodologie et le calendrier d'envoi et de mise en ligne.

Ce projet est particulièrement intéressant pour les élèves participants aux comités de rédaction et aux comités éditoriaux. Les réalisations de Une ou le choix des articles font l'objet d'échanges entre les partenaires, il faut ainsi justifier, argumenter, défendre ses choix. Cyberpresse reste motivant pour les élèves des classes qui envoient des articles et espèrent être sélectionnés.

Mais si le projet se présente comme un support pédagogique à la disposition de tous, il est peu probable que des classes extérieures à sa réalisation l'utilisent, sinon pour s'en inspirer et créer leur propre projet. L'avantage de ce projet est d'être ouvert à toutes les classes qui souhaitent y participer mais pour cela le plus petit dénominateur commun a été choisi. Le journal est constitué d'une suite de texte sans illustration et sans lien. La dimension Internet apparaît dans l'envoi et dans la publication du journal mais il n'est pas possible de contacter les auteurs des articles. La seule adresse électronique présente est celle du comité de rédaction.

C'est sur cette analyse que nous avons créé le Cyber Echos Liés.

 

Les apports pédagogiques de l'Internet et le journal scolaire

Le projet Cyber Echos Liés

C'est un magazine publié sur Internet. Créé sur mon initiative, avec l'aide du CLEMI et de Gilles Teyssèdre, instituteur à l'école Chanteraine, il est réalisé par vingt classes primaires de Seine et Marne. Quatre classes du Jura participeront au numéro cinq. Ce site a obtenu les Nets d'Or académique 1999 (concours France Telecom - Education nationale).

 

Objectifs principaux

Ils sont au nombre de trois, axés autour de la production d’écrits, de la lecture et des nouvelles technologies.

En proposant de vraies situations d’écriture et d’illustration des articles, dynamisées par un support évolutif et valorisant : le magazine en ligne.

A travers un travail autour des quotidiens, des magazines, de la presse pour enfants et de la presse en ligne.

En analysant l'information, l'image, en construisant un regard critique et en prenant du recul face à l'excès d'information.

Description du projet

Ecrire pour être lu - Etre lu pour mieux écrire

C'est un projet inspiré de Cyberpresse, mais nous avons choisi, dans un premier temps, de limiter le nombre de participants pour créer un véritable échange. Ainsi, chaque article est envoyé à une classe "relecture" qui adresse ses suggestions ou ses critiques éventuelles. Une discussion peut s'engager via la messagerie électronique. Cette phase est de l'avis des participants la plus riche du projet car elle permet aux enfants de s'interroger sur le sens de leurs écrits, de les modifier ou de les justifier.

Le comité de rédaction du magazine (l'école Chanteraine) choisit les articles qui constituent la Une et les têtes de rubrique. Il assure le cheminement des textes entre les auteurs et les relecteurs. Il vérifie le respect du calendrier des opérations. Les classes jouent le rôle de correspondants. Le titre et les rubriques du magazine ont été choisis collectivement, par vote électronique.

Il est composé d'un texte (brève, compte rendu, reportage, entretien, enquête), d’une image, créée ou scannée par les enfants, et d’un lien hypertexte sur un site Web, qui apporte des informations supplémentaires sur le sujet traité, invitation à la recherche d'information sur la "toile". Chaque classe construit sa page HTML (j'ai conseillé le logiciel Claris Home Page pour travailler en classe). Le site est géré avec Front Page.


Des compétences pour les élèves

- lire : analyser la presse, des sites existants pour construire un magazine de qualité, effectuer des recherches
documentaires sur différents supports, caractériser les différents types d’écrits ;

- écrire en réinvestissant le travail de découverte précédent ;

- connaître la presse écrite puis en ligne ; notion de public visé, de périodicité, de rubrique... le rôle de l’image.

En histoire, géographie, sciences... acquis au cours des recherches pour la rédaction d’un article ou en lisant et exploitant les textes des autres classes.

Les enfants sont amenés à accepter que le choix définitif ne soit pas forcément le leur (choix du titre, des rubriques par vote de toutes les classes), à accepter les remarques de leurs camarades (phase de relecture). Ce projet ouvre les classes rurales sur l’extérieur (autres écoles, lecteurs, informations obtenues par le réseau).

Maîtrise du traitement de texte ; communiquer par e-mail ; recherche documentaire sur CD-ROM et sur Internet ; spécificité des hypertextes, lire une page d’accueil : source, adresse ; apprendre à les utiliser avec discernement : notion de source ; maîtrise du vocabulaire spécifique.

 

Bilan de la première année du Cyber Echos Liés

Ce bilan a surtout été effectué avec les enseignants de l'école Chanteraine car le projet repose en très grande partie sur cette l'école qui constitue le comité de rédaction. En outre, la diversité des situations de ces enseignants m'a semblé intéressante ; deux étaient familiers de l'informatique, deux étaient pratiquement novices et aucun des quatre ne savait utiliser Internet avant ce projet.

Quel bilan pour les élèves ?

A ce stage du projet, c'est sans aucun doute, le point le plus positif. Tous les enseignants ont constaté une très grande motivation des élèves : "J'ai trouvé chez eux une très grande motivation parce qu'ils ont été emballés par le support dès le départ, je crois que je n'ai pas dû trop manquer la présentation dès le début, ça leur a plut ! Je crois qu'ils ont trouvé ce système magique (…) Assez rapidement ils ont compris. J'en veux pour preuve les titres qu'ils ont proposés, la gazette des infos de l'Inter-Terre. Pour moi, ils avaient assez rapidement compris la large dimension du projet et donc je crois que pour beaucoup, ça a démultiplié leur motivation et je n'ai eu aucune peine à les faire produire, à trouver des sujets" (classe de Gilles) ; "Ils se sont complètement investis dans le travail. C'est à dire, à peine le projet présenté, ils ont déjà choisi leur thème. Ils se sont complètement investis dedans en ramenant des documents" (classe de Stéphane). Pour Nicole ou pour Dominique, il est difficile de percevoir si la dimension spécifique du projet a apporté un plus : "Oui, la motivation est différente, parce qu'ils recherchent d'avantage en documentation. Surtout au niveau de la recherche, je parle du début parce qu'il n'y avait pas cette dimension Internet qu'il y a maintenant. (…)Pendant le deuxième numéro, ils ont découvert une nouvelle dimension : on peut être lu partout. Ils savent bien que le Chanterainette n'est lu que par les parents. (classe de Dominique) ;

La phase de relecture a été très importante de l'avis de tous. Cela a permis aux élèves de se décentrer par rapport à leurs écrits, d'imaginer les réactions du lecteur puisqu'ils sont à la fois auteur et censeur : "Très riche, j'ai trouvé ça très riche. Ca leur a permis de comprendre que les lecteurs n'étaient pas forcément de leur âge. Il fallait donc être très clairs pour que les textes soient lisibles par tout le monde. Il y a eu aussi l'inverse, des enfants de CM2 qui n'ont pas compris des textes de CE2, parce que c'était trop technique. Très riche par ce que ça a permis au relecteur de s'informer sur le sujet qu'on avait à relire et puis pour les autres, de clarifier leur sujet". (Stéphane)

Les productions d'images ont été également intéressantes. Les élèves ont été encouragés à réaliser leurs propres illustrations. La majorité de celles-ci sont des photos ou des dessins scannés, quelques photos par ailleurs ont été trouvées sur le Web et la classe de Stéphane a créé des images animées. A l'évidence peu d'enfants sont capables à ce jour, excepté dans la classe de Stéphane de travailler avec les images.

 

Il est difficile de mesurer précisément les effets du travail réalisé avec et autour de la presse ; d'apprécier si les élèves ont progressé dans la lecture et l'analyse de l'information car aucune évaluation sérieuse, à ce stade du projet, n'a été effectuée : "Je ne peux pas dire. Nous, nous faisons une lecture assez ouverte de la Presse. Le matin, les enfants sélectionnent deux ou trois infos ; ils les exposent et on en discute. Depuis le début d'année, les discussions ont toujours été âpres sur certains sujets. Les enfants ont toujours été intéressés mais je ne mesure pas de différence " (Gilles).

Toutes les classes font un travail spécifique autour de la presse pendant le premier trimestre. Le centre de documentation de l'IUFM a créé une valise d'exploitation pédagogique de la presse qui est utilisée par les classes.

 

Avant d'utiliser les ressources, il faut pouvoir y accéder. Dans ce domaine, peu d'élèves sont aujourd'hui capables de se connecter ou de naviguer, d'utiliser la messagerie de manière autonome. Par contre, la grande majorité d'entre eux est capable d'utiliser le traitement de texte et quelques-uns uns sont capables de travailler une image. "Ils se connectent très peu. On a un problème de matériel. Ca c'est un problème ; on a un ordinateur et on se l'arrache. Ca c'est un gros problème". (Dominique) ; "Par rapport à l'outil informatique, j'essaye de faire en sorte que tous tapent leur texte, au moins sur traitement de texte, sur Write ou sur Word pad. (…) Pour la navigation…tous les enfants ont du naviguer avec Lorraine (professeur-stagiaire) et ils ont du tous naviguer au moins une fois sur un CD-rom" (Gilles) ; "J'ai des enfants qui sont venus au secours de Nicole. Ce n'est pas la majorité. Sur 19 élèves, j'en ai cinq qui sont complètement autonomes par rapport à l'ordinateur, qui sont capables de numériser une image, de la sauvegarder, de la mettre dans le bon répertoire et de la récupérer pour la mettre dans un texte. (Stéphane)

 

Il est également difficile à ce jour de mesurer les effets d'un tel projet sur les enfants en échec ou en difficulté scolaire puisque aucun outil d'évaluation n'a été construit à cet effet. Mais l'analyse de Stéphane devrait correspondre assez bien à la réalité. Il remarque des effets sur leur motivation : "D'habitude, c'est toujours difficile de leur proposer des activités de production d'écrits. Là, il n'y a pas de problème. Au début, ils sont enthousiastes, ils ramènent des documents mais après, pour traiter l'information et pour écrire l'article, c'est à dire quand ils sont à nouveau confrontés au scolaire, ils sont à nouveau en difficulté."

 

Quelles conclusions devons-nous donc tirer de cette première année de fonctionnement avec les élèves ? Les objectifs ont-ils été atteints ?

Le premier semble l'avoir été. Les enseignants ont tous souligné la très grande motivation et la progression des enfants. Le système de relecture est essentiel. A tour de rôle auteur et relecteur, les élèves ont été très attentifs à la qualité et à la clarté de leurs écrits. La diffusion sur le Web, pouvoir être lu "dans le monde", est très importante également. Cette perception relève pour beaucoup de l'imaginaire puisqu'il y a peu de messages provenant de personne totalement extérieure au projet ou à ses acteurs (nous recevons un peu plus de messages depuis notre succès aux Nets d'Or). Plusieurs instituteurs ont cependant expliqué que le fait d'aller visiter des sites d'écoles en France et à l'étranger a été un moment décisif dans la compréhension et les représentations qu'avaient les enfants du projet.

Le deuxième objectif a été inégalement pris en compte dans les classes et aucune évaluation n'a été effectuée mais toutes les classes ont travaillé dans ce domaine.

Quant au dernier objectif, il est peu probable qu'il ait été atteint. Pour apprendre à utiliser avec discernement les ressources offertes par les nouvelles technologies, il faut d'abord les utiliser. Le manque de matériel est un problème majeur. Finalement peu d'enfants ont navigué et sont aujourd'hui autonomes pour aller chercher de l'information. D'autre part, aucun outil d'analyse de cette information n'a été construit.

Bilan au niveau des adultes

Enthousiasme et …souffrance !

"Enthousiaste (…) je me suis rendu compte d'abord avec plaisir que je m'étais un peu décentré. Avec de la bonne volonté et un environnement favorable, n'importe qui pouvait initier des projets comme celui-ci. Internet quand je suis venu te trouver, je n'y connaissais rien. Je ne savais même pas comment fonctionnait une boite de courrier électronique, je ne l'avais jamais fait. Je savais taper sur un clavier, je faisais mes préparations sur traitement de texte et c'est tout. Finalement, ce projet est vraiment à la portée de tout le monde (Gilles).

"Au début, j'étais complètement paniquée par les problèmes techniques (…) J'ai quand même un ordinateur chez moi et je me suis dit qu'il fallait que je m'y mette et que les gamins, on ne pouvait pas les laisser passer à cote de ça. C'était un peu l'aventure. L'aventure Internet avec nos élèves (…) Mais je ne m'imaginais pas autant la difficulté" (Dominique).

Douze enseignants se sont engagés dans le projet et une seule institutrice s'est désistée.

Ce qui a motivé le plus les enseignants c'est la possibilité d'ouvrir l'école, de travailler avec d'autres collègues ou de diffuser leur travail à une plus grande échelle : "L'intérêt, c'est de pouvoir élargir les personnes avec qui tu communiques. Quand tu fais un journal et que tu écris des articles, c'est assez limité. Alors que là, tu sais qu'il y a beaucoup plus de gens qui vont le lire." (Nicole).

La dimension "innovation" apparaît peu dans les commentaires mais elle joue certainement un rôle important et explique en partie la motivation de plusieurs membres de l'équipe.

Les deux plus importantes difficultés rencontrées par ces enseignants, tous le soulignent, sont liées au manque de matériel et au besoin de formation. L'école Chanteraine ne fonctionne qu'avec un seul ordinateur et quatre classes participent au projet, les autres écoles disposent également d'un seul ordinateur. Le travail par petits groupes est donc indispensable, ce qui demande une très bonne organisation de la classe.

Quant à la formation, aucune activité (naviguer, envoyer un message, scanner une image) n'est en soi vraiment compliquée. C'est l'addition de ces tâches et le temps important à consacrer à la formation initiale et à l'entraînement nécessaire pour acquérir une certaine dextérité qui est complexe à gérer : " Au départ, je pensais… on va taper des les textes et puis ça ira tout seul. Mais en fait, il faut assimiler beaucoup de petites choses matérielles : scanner une image, la convertir, l'intégrer dans le texte, trouver le lien (…) Il a fallu que je dépasse le fait d'utiliser uniquement le traitement de texte. Ca veut dire qu'il fallait que j'intègre tous les outils donc j'avais besoin pour le projet. Je n'ai intégré que cela d'ailleurs" (Dominique).

Des onze enseignants engagés dans le projet initial, sept sont capables de créer entièrement leur page HTML en fonction du cahier des charges : insérer du texte, une image, trouver un lien sur un site Web. Ils sont également capables d'envoyer leur page par courrier électronique.

Les deux instituteurs de l'école Chanteraine seraient capables, en mon absence, de continuer le projet et de réaliser le site Web. Cependant, à l'exception de ces deux instituteurs, les autres maîtres ne maîtrisent pas encore suffisamment Internet et les outils de création pour que leurs élèves en profitent pleinement. Ils en sont d'ailleurs conscients. Par contre, leur motivation ne s'est jamais démentie et tous participent au projet de cette année. Il faut aussi signaler que les élèves, qui ont participé au magazine l'année passée, ont demandé à poursuivre le projet. Ainsi d'autres enseignants sont venus naturellement se joindre au Cyber Echos Liés.

 

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