De l’héritage celte

à la première dynastie royale des Mérovingiens

Problématique : Ce sont les Romains qui ont " inventé " la Gaule. Depuis la conquête de César, en entrant dans l’histoire, les noms des peuples et des régions de la Gaule n’ont plus bougé. Les Romains ont aussi doté ces territoires d’une structure étatique sous la forme de provinces intégrées à l’empire romain. En quoi cet empire latin, devenu chrétien, a-t-il favorisé la naissance du royaume des Francs de Clovis ?

I) La Gaule celtique : un "chaos" (Michelet)

ou une première civilisation proto-urbaine

A) Des Indo-Européens conquérants :

une " civilisation de la guerre " appuyée sur le fer

Un rameau occidental des Indo-Européens (peuples différents; langues apparentées).

Expansion dès le VIII° siècle, surtout à partir du V° siècle, à partir d'un secteur originel bavarois, vers ouest, nord, sud, sud-est... Expansion durable, pendant 4 siècles : de longs convois d'hommes, de femmes. d'enfants, de chariots, de cavaliers. Migrations sans buts déterminée, avec farouche résistance, au sud basse vallée du Rhône, des Ibères à l'ouest et des Ligures à l'est.

Partout, pas de disparition des populations antérieures, mais brassage, colonisation et acculturation.

Vagues de conquêtes réussies par maîtrise technologie du fer (longue épée à double tranchant), diffusée par l'avancée celte : des sociétés aux pratiques et aux valeurs guerrières, dédaignant la paix : bravoure dans le combat, buste nu, sans crainte de la mort ("Nous ne craignons qu'une seule chose, que le ciel nous tombe sur la tête..." (à Alexandre le Grand) / Les jeunes gens trop gros pouvaient être condamnés à des amendes).

B) Des dizaines de "cités" celtes dans un Hexagone "multi-ethnique"

Cité = civitas (sources gréco-latines) : territoire contrôlé par un peuple (cf carte p. 391). Territoire délimité souvent par frontières naturelles.

D'abord, peuples, divisés en 3 groupes, dirigés par roi-chef, puis

a) aristocratie de grands propriétaires terriens, tirant aussi profit exploitation commerce (douanes ; péages sur carrefours commerciaux) et industrie (exploitation des mines). Aristocratie militaire, * où le pouvoir se mesure au nombre d'ambacts et de dépendants (la clientèle des hommes libres, paysans et artisans, cherchant protection - comme à Rome)

* où le pouvoir "exécutif" et "judiciaire" se délègue vergobret (magistrat annuel élu par l'assemblée des aristocrates).

Pouvoir religieux (chênaies sacrées/sources des rivières/culte des dieux dans sanctuaires dont fossés contiennent ossements d'animaux et humains, armes brisées ou tordues) assuré par les druides, recrutés dans l'aristocratie, exempts de la guerre et des impôts. Force divinatrice au service justice et politique (choix des chefs), enseignement des jeunes aristocrates, médecine.

Enseignement oral, mais les Celtes connaissent l'écriture (alphabet grec).

b) Hommes libres : classe d'artisans de grande qualité. Travail du métal : forgerons, bronziers, émailleurs, orfèvres (monnaies, épées, bijoux, torques), verriers ; travail du bois (le tonneau celte remplace l'amphore méditerranéenne) ; bons céramistes et potiers ; les premiers à fabriquer du savon...

Classe de paysans, qui bénéficie outillage en fer, dont le soc de l'araire qui permet de travailler terres lourdes.

c) Les esclaves sont au service aristocrates et hommes libres.

Organisation politique peu poussée : pas d'Etat, ni d'empire celte, ni une fédération de cités. Quand les Celtes cessent leur expansion, développement de quelques villes notables qui organisent le territoire qu'elles dominent : des villes fortifiées (oppida - guerres entre peuples celtes : Gergovie/Alésia/Bibracte). (Cf pp.38 et 39) Centres artisanaux et carrefours commerciaux, où siège l'aristocratie = proto-urbanisation.

C) La fondation de Massalia :

l'entrée de l'Hexagone dans l'histoire

Plus exactement protohistoire ; l'histoire de la Gaule commence avec Jules César.

Grande colonie phocéenne, grecque, qui multiplie colonisation du littoral méditerranéen, d'Antipolis à Agathé (Agde). Diffusion de la monnaie, de l'olivier et de la vigne (aménagement du paysage, du Midi).

Elément essentiel de contact avec civilisations méditerranéennes de Grèce : stimulation du commerce (dès la fin du VI° siècle avt JC, le cratère grec de la tombe de la Princesse de Vix (Chatillon sur Seine) ; la place du vin et des amphores grecs dans les tombes montre courants d'échange avec le monde grec, contre métallurgie, viande de porc celtes). Commerce à très longue distance : routes de l'étain, routes de l'ambre traversent la Gaule ----------- > puissance arverne qui contrôle l'axe du Rhône.

Influence alphabet grec, traditions homériques grecques (festin arrosé), acropole/oppidum : la civilisation celte est en partie hellénisée, tout comme les Romains, ce qui favorisera la symbiose gallo-romaine...

II) La Gaule gallo-romaine : l'invention de l'Etat

A) La Gaule : une création des Romains et de Jules César

Le coq (gallus) est l'animal caractéristique des Celtes établis en Italie du Nord (Gaule cisalpine) : ce sont les galli, les Gaulois.

Des appels au secours de Marseille, menacée par Celtes et Ligures, provoquent premières interventions durables de Rome au-delà des Alpes, en Gaule transalpine:

- 122: première colonie romaine, Narbonne (avec installation de colons romains)

Ensuite, création de la Province (future Provence) de Gaule transalpine (cf carte p.391), qui accélère les échanges économiques entre Rome et la Gaule celtique.

De -58 à -52 (défaite de Vercingétorix à Alésia), conquête du reste de la Gaule par le général romain César, en quête d'argent et de troupes pour s'emparer du pouvoir à Rome. A noter que César intervient en Gaule celtique à la demande de cités celtes alliées des Romains (les Eduéens), dont le territoire est ravagé par une avant-garde germanique (Arioviste).

César attaque à la périphérie de la Gaule celtique, au nord et à l'ouest, des cités celtes totalement désunies, et souvent avec l'aide de contingents et de chefs gaulois.

C'est la lourdeur des, tributs, la trahison de traités, qui provoquent pour la première fois, une révolte de nombreuses cités gauloises (pas toutes, les Rèmes, autour de Reims, restent fidèles à Rome), en –52, dont le chef arverne Vercingétorix prend la tête.

- 49, Marseille perd l'essentiel de ses privilèges et de son territoire.

La conquête romaine, poursuivie sous le règne de l'empereur Auguste, permet la première unification étatique du territoire gaulois (cartes 2 et 3 pp.393 et 394), et une première définition.

Tant au ler siècle ap. JC qu'au IV° siècle ap. JC, la Gaule s'étend de l'Atlantique au Rhin, jusqu'à son embouchure, avec les deux provinces de Germanie comme zone-tampon entre l'empire et le monde barbare.

A l'intérieur de cet espace, noter la coupure de la Loire, entre le Nord et un Sud plus romanisé, plus urbanisé, plus proche de la civilisation latine. Coupure durable dans l'histoire de la France, avec deux entités bien définies, le pays de la langue d'oil et le pays de la langue d'oc.

B) Les Gallo-Romains : une symbiose ethnique et culturelle

La conquête romaine a entraîné (outre morts et dévastations) des bouleversements considérables : une romanisation des pays celtes, partie intégrante de l'empire romain.

- l'armée construit un dense réseau routier qui unifie le territoire des Gaules. Les camps permanents des soldats sont parfois à l'origine de villes (Strasbourg, en arrière du limes sur le Rhin). Des vétérans sont installés sur des terres confisquées ou dans de nouvelles colonies romaines.

- de nombreuses villes sont créées (Autun à la place de Bibracte), d'autres agrandies, surtout dans le sud: toutes unifiées autour d'un urbanisme typiquement romain : un centre, le forum, où se croisent cardo et decumanus (les 2 axes principaux de circulation, larges voies), centre politique (curie, basilique) et religieux (capitole) de la ville ; des monuments urbains de pierre (amphithéâtre - Lyon 177 -, cirques, thermes, odéons, temples...), y compris dans des bourgs (vicus), y compris près de lieux de pèlerinage et de cultes celtes (sources).

Civilisation urbaine de l'ostentation (évergétisme), de la rhétorique (écoles municipales), du loisir (thermes, théâtres) à partir surplus du commerce et de l'exploitation de la terre.

- la diffusion du culte impérial, au niveau municipal (temple de la Maison carrée à Nîmes) et provincial, (autel de Rome et d'Auguste à Lyon, avec les délégués des cités des Trois Gaules.

Mais la conquête romaine a su s'appuyer sur les anciennes aristocraties gauloises pour durer et assimiler progressivement les différentes, ethnies présentes en Gaule.

- rôle des élites gauloises, qui prennent des noms romains : intégrées à l'administration des Gaules, avec recherche promotion sociale et politique (table claudienne)--------- > Edit de Caracalla (en 212, tous les hommes libres de l'empire sont citoyens romains). Pour la lère fois, essor d'une classe de riches industriels et commerçants (thermes de Paris financés par corporation des armateurs de la Seine, les nautes).

- symbiose religieuse : Sucellus, dieu au maillet typiquement gaulois, prend l'aspect du Jupiter romain (cf le sanctuaire gaulois de Sanxay, p.74). Le druidisme disparaît au profit religions orientales, dont le christianisme (cf chronologie). Implanté dans la vallée du Rhône au IIème siècle, il pénètre d'abord les villes (Lyon) puis les campagnes grâce au zèle d'évêques (rôle de + en + éminent dans la ville) comme St Martin (cf texte p. 86), fondateur du monachisme en Occident.

- diffusion du latin, qui supplante les dialectes celtes.

Une marque profonde sur le paysage : les villes, les villas (cadastration du territoire immenses exploitations agricoles et artisanales, qui placent dans la dépendance et la justice du maître des centaines de paysans libres ou esclaves).

Une marque durable sur la civilisation : à partir début IV° siècle, la dépendance des colons et esclaves chasés : les + pauvres entrent dans le patronage des plus puissants, l'aristocratie gallo-romaine ; être paysan devient une condition héréditaire. Obligation en ville de reprendre le métier de son père. Il s’agit de fixer les individus sur le sol et dans leur condition pour faire face aux invasions et aux troubles sociaux (crise démographique et bagaudes - révoltes populaires - du III° siècle, fin IV° et début V°). Ces hommes libres qui recherchent la protection d'un "patron" et se mettent à son service, c’est la préfiguration du monde médiéval.

C) Dès le III° siècle, de nouveaux peuples "barbares" s'installent en Gaule

Dès milieu du III' siècle, des peuples germains, dont Francs et Alamans, franchissent le limes et pillent régions à l'ouest du Rhin. Dès 288, l'empereur accepte l'installation de soldats francs, dans le nord des Gaules : début d'un processus d'acculturation des Francs, des tribus germaniques païennes (frank en langues germaniques signifiant "libre"). Les prisonniers germains servent dans l'armée romaine et à repeupler les campagnes, comme paysans astreints au service militaire (letes).

Au milieu IV° s. (358), l'empereur Julien (qui fait de Paris sa capitale, après avoir été élevé sur la pavois, à la façon germanique) autorise, après les avoir battus, l'installation de tout le peuple des Francs Saliens, entre Escault et Meuse, contre obligation service militaire.

Lors des premières grandes invasions de Vandales en 410 et d'Alains en 406-407, Francs Saliens, Burgondes et Visigoths combattent en défenseurs de l'empire. Burgondes (à l'ouest du Rhin supérieur) et Visigoths (en Aquitaine) gagnent le statut de peuple fédéré, bénéficiant de l'hospitalité. Tout comme en 451 (avec en + les Visigoths) lors de l'invasion d'Attila le Hun (Ste Geneviève, patronne de Paris, est d'origine barbare aristocrate).

De véritables royaumes barbares se créent (monnaie wisigothique), au nom de la défense de l'empire d'Occident.

 

 

III) La Gaule mérovingienne : un Etat franc

A) Clovis : le fils d'un administrateur romain

L'Etat franc : un Etat fondé par des troupes romaines d'origine franque. Une très large partie des groupements de populations barbares en Gaule n'appartient ni aux "grandes invasions" ni au royaume mérovingien, mais bien à la colonisation de letes organisée par l'administration romaine (témoignage des rangées de tombes, avec enfouissement des armes, tombes bien alignées).

Clovis : fils de Childéric, roi reconnu par administration romaine et l'Eglise gallo-romaine. Dispose des structures romaines encore en vigueur, comme l'impôt, qui continue à être payé (sauf par l'armée). Les ateliers et dépôts d'armes continuent d'équiper l'année, qui reste fidèle aux usages et à la discipline (cause de supériorité de l'armée franque) de l'armée romaine (ex : la revue des troupes le ler mars au Champ de Mars - épisode du vase de Soissons, après victoire sur le dernier général romain Syagrius, en 486).

Clovis s'allie à l'aristocratie riche et puissante des sénateurs gallo-romains, et surtout, aux plus puissants d'entre eux, les évêques. L'aristocratie franque (extrêmement peu nombreuse par rapport population gallo-romaine) s'unit par des alliances matrimoniales à l'aristocratie gallo-romaine, qui adopte noms francs, avec des intérêts communs : préserver les structures et les privilèges d'un Etat menacé à l'Est par les Germains et au Sud par les Visigoths.

D'où baptême catholique de 498 (?), avec un très grand nombre de grands et de petits (le roi ne se coupe pas de son peuple) : Clovis trouve ainsi l'alliance des Gallo-Romains déjà convertis (armes, troupes) et peut libérer la Gaule de la souillure des hérétiques ariens (Alamans et Wisigoths - Vouillé 507).

L'empereur d'Orient le reconnaît officiellement comme roi, seul souverain catholique à côté de l'empereur. Il est nommé "consul" et "Auguste" (distribution de pièces d'or à la population de Tours, à la manière du triomphateur romain). Elit Paris comme capitale, où il fonde l'Eglise Pierre et Paul (future Ste Geneviève) sur sa sépulture. Basculement des centres de pouvoir en Gaule vers le Nord.

B) Une société germanique, catholique, rurale

Les fils de Clovis achèvent la conquête. L'unité de la Gaule est reconstituée au profit du royaume des Francs, qui s'inscrit dans une grande continuité / Rome, tout en annonçant la société nouvelle visible surtout à partir du VII°s.

Une société germanique : principe de la personnalité des lois / territorialité des lois. C'est avt tout le "roi des Francs". Coutumes germaniques nouvelles : la vengeance privée (faide), la compensation pécuniaire (wergeld) et l'ordalie judiciaire. Le roi, qui appartient à une famille à l'ancêtre légendaire Mérovée, est la source du droit, de la loi, de la justice. Il nomme comtes et évêques.

Une société catholique : l'évangélisation des campagnes progresse, avec la multiplication des églises privées fondées par les grands sur leurs domaines et par celle des monastères. Malgré la coupure réelle de la Loire, tous les habitants du royaume des Francs, dans leur variété ethnique et linguistique, sont catholiques (rôle essentiel de fusion dans une culture commune).

Une société rurale : l'aristocratie a fui les villes pour se réfugier à la campagne, dans les villas. Des vici ont disparu (affaiblissement démographique, péril des invasions, insécurité). Fusion des Gallo-Romains et des Germains dans la vie quotidienne.

C) La première dynastie royale : les débuts du Moyen Age

Société guerrière, où l'Etat est chose personnelle et divisible. Le partage des territoires conquis par Clovis et ses fils et de nouvelles conquêtes donnent naissance à 3 royaumes rivaux (Austrasie, Neustrie, Bourgogne) (cf carte pp.396-397). Au VII° s, Provence et Aquitaine ont retrouvé leur autonomie / Mérovingiens.

Dans cette société guerrière, les + faibles aliènent liberté et biens pour se recommander à un + fort, dans le cadre rural dominant. Des aristocrates locaux accroissent ainsi leur puissance : ils rendent héréditaires les bénéfices concédés par les rois mérovingiens, ainsi que leurs titres (les Pippinides s'emparent de la charge de maires du palais d'Austrasie à la fin du VII°). La noblesse apparaît : transmission d'un sang noble et conscience d'une généalogie.

La culture antique a disparu au profit d'une éducation médiévale religieuse. L'Eglise conserve le plan de la basilique pour ses églises, le latin, et intègre les apports celtes (entrelacs géométriques celtes des enluminures des manuscrits) et francs (orfèvrerie cloisonnée) dans l'élaboration d'un art sacré.