CHAPITRE VIII :

la poursuite de l'expédition remise en question

Cinq jours après, j'arrive à Béalana et j'y trouve une petite colonne commandée par le Capitaine Toquenne, arrivé là, venant de l'ouest depuis une dizaine de jours ; il en avait chassé une bande de Fahavalos, dont au moins une partie avait fui vers le sud pour venir se casser le nez sur moi, c'est ce que je conte au Capitaine Toquenne, un brave homme que j'avais déjà rencontré au Tonkin.

Toquenne avait ordre d'installer à Béalana un poste permanent, ceci veut dire qu'il devait construire là un poste solide, et pour ça commencer par chercher de la terre à briques, édifier un four à briques, trouver de quoi faire de la chaux et construire un four à chaux, abattre dans les environs des arbres pour fabriquer des fenêtres, des portes, des palissades. Tout ça c'est de la besogne courante pour un officier colonial, tout autant que de faire des routes, des ponts, d'apprendre aux indigènes telle ou telle recette de culture qui donne de meilleurs résultats que celles que leur ont apprises leurs pères et leurs grands-pères, ou d'apprendre à leurs enfants à lire et à écrire.

Pendant que Toquenne met tout ça en train, je m'occupe, moi, de préparer la suite de mon voyage, dont il restait un tiers à accomplir. Mais ce dernier tiers s'avére de beaucoup le plus difficile au fur et à mesure que j'interroge les vieux de Béalana : tous me certifient que c'est une folie de vouloir s'entêter à poursuivre ma route vers le nord comme me l'avait ordonné Galliéni. Je dois me heurter à une chaîne de montagnes barrant toute issue directe de Béalana vers le nord. J'ai beau essayer les promesses, les menaces ou l'intimidation, aucun guide ne veut m'accompagner dans cette entreprise à travers ravins et pics montant à plus de trois mille mètres et couverts d'une épaisse forêt vierge ; on m'exhorte à faire le détour par la côte.

Je ne peux me résoudre à renoncer à cette expédition et envisage de partir sans guide, quand la veille de mon départ, un vieux Makoa, ( les Makoas sont des métis de Cafres de l'Afrique du Sud et de Sakalaves de Madagascar), demande à me parler.

" - C'est vrai que tu as promis cinq cents francs à qui te conduirait au-delà de la chaîne de montagnes ? "

C'était parfaitement exact, et cela représentait pour un indigène de la région une véritable petite fortune à l'époque.

Il m'expliqua alors, qu'il avait déjà cherché du caoutchouc de ce côté de la montagne et de l'autre côté aussi quelques années auparavant. Il pensait donc pouvoir joindre les deux bouts.

J'accepte sa proposition, lui remets la moitié de la somme promise pour la laisser à sa famille ; il recevra l'autre moitié à l'arrivée.

Le lendemain matin nous sommes en route.

 

SOMMAIRE

CHAPITRE 9