CHAPITRE VII :

Les fahavalos (les bandits)

Le lendemain, au petit jour, ma colonne se met en route dans le même ordre qu'au départ de Tananarive. Rien de particulier au cours de la marche du premier jour, rien durant la nuit qui suit, et on repart, toujours vers le nord, dès les premières heures de l'aube. Le pays devient de plus en plus tourmenté. Il est alors dix heures et demie, la tête de ma colonne arrivait au point A du croquis, suivant une mauvaise piste passant dans un creux qu'indique la flèche E, pour réapparaître au delà en avant du point marqué D et se continuer ensuite dans le creux qu'indique la flèche G. Terrain découvert, des broussailles un peu partout. La tête de la colonne est donc, et moi avec elle, au point A. Un patrouilleur s'est déjà rendu en B, accompagné d'un des hommes de Mandritsara, et un couple identique atteignait le point C, quand, subitement et simultanément, je vois dégringoler les deux indigènes vers moi, hurlant à pleins poumons : " fahavalos ! fahavalos ! ", c'est à dire les pirates ou les brigands, si vous préférez.

Ah ! Ah ! nous y voilà donc ! Et j'ordonne :

"- Dailly, va te poster avec dix tirailleurs sur la crête, là (je la lui indique du doigt, c'est le point M de mon croquis). Baldauf, avec dix autres portez-vous sur la droite (je lui indique le point N). Evitez de vous montrer et n'ouvrez le feu par salves qu'à mon signal, que je vous donnerai de là haut (en C) en agitant mon mouchoir. Sergent Rakoto (c'est mon sergent indigène), reste au convoi avec six tirailleurs et fais serrer tout le monde sur la tête (en A). Le reste des tirailleurs (ça en faisait un quinzaine), avec moi "

En moins de cinq minutes tout cela est en place, et qu'est-ce que je vois de mon observatoire en C ? Je vois une petite cinquantaine de boeufs qui débouchent du point D, répandus à droite et à gauche de la piste et marchant pêle-mêle avec vingt à trente bonshommes, armés de fusils et poussant le troupeau devant eux. Tout ce petit monde n'a pas l'air de se presser et il semble que la troupe se dispose à faire une halte, puisqu'on laisse les bêtes s'arrêter, tandis que du point D continuent à apparaître des hommes sans armes, des femmes, même, puis quelques hommes en armes.

C'est le moment, je sors mon mouchoir de ma poche et l'agite.

"....RRRRRRRRAN ! c'est la salve de Baldauf qui part la première...RRRRRRRRRAN ! voilà celle de Dailly ! Et ça continue pendant deux ou trois minutes, pas plus.

De mon observatoire le spectacle est bien curieux. Aux deux premières salves toute la bande a bondi sur ses pieds et s'agite, puis des cris retentissent. Certains tentent d'entraîner des boeufs dans leur fuite, mais en vain. Tous les pillards prennent leurs jambes à leur cou et s'enfuient vers notre gauche, accompagnés des dernières salves dont Dailly et Baldauf les gratifient à tour de rôle. Tout ce qui n'était pas armé s'est couché, aplati par terre et fait le mort.

" - En avant tout le monde, pas de gymnastique !"

Je fais parquer les boeufs et gens qui n'ont pas voulu ou pas pu s'enfuir. Seul un boeuf est blessé, et le Père Joseph commence l'interrogatoire. La bande qui filait à présent à toute allure vers le nord-ouest, avait été chassée des environs de Béalana par une troupe de Français et dans sa fuite avait pillé un village, emmenant les boeufs et des villageois en guise d'esclaves. Les prisonniers me remercient chaleureusement de les avoir ainsi libérés des Fahavalos, et après discussion acceptent de faire don de quelques têtes de bétail aux gens de Mandritsara ainsi qu'à mes porteurs qui m'avaient aidé dans cette besogne.

Cette affaire une fois réglée, nous prenons congé de nos amis de Mandritsara auxquels je donne également quelques pièces de cent sous. Et comme nous devons aller vers Béalana, je vais ramener les villageois prisonniers chez eux.

Dès l'après midi chacun reprend sa route et tout le monde se déclare enchanté.

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CHAPITRE 8