L'IMPERIALISME FRANCAIS :

Sous la Restauration l'expansion coloniale est très limitée.

Il faudra attendre la fin du XIX°s et les années 1880 pour que l'essor colonial français reprenne. Ainsi, le territoire colonial de notre pays passe de 900 000 km² en 1876 (6 millions d'hommes) à 10,6 millions de km² (55,5 millions d'hommes) en 1914.

Le gouvernement de Gambetta crée en 1881 un sous secrétariat d'Etat aux colonies rattaché temporairement au ministère du commerce.

Le ministère des colonies existera de droit en 1894.

En 1889 on fonde l'Ecole Coloniale destinée à former des administrateurs et des magistrats coloniaux.

I) L'expansion dans l'Océan pacifique et l'Océan indien :

  1. L'Indochine :

Napoléon III intervint militairement contre l'Empire d'Annam en 1859 pour protéger les missionnaires français persécutés par TU DUC (l'Empereur d'Annam). Saïgon et la Cochinchine orientale furent acquis en 1862.

La Cochinchine de l'ouest, c'est à dire le delta du Mekong, fut pacifiée et acquise en 1867.

Entre temps, le roi du Cambodge se plaça volontairement sous le protectorat de la France en 1863, seul moyen qu'il trouva pour échapper aux convoitises de l'Annam et du Siam.

Dans certains milieux français on songeait à établir une base solide en Cochinchine (commerce, ministère de la marine)

 

pour pénétrer la Chine par la vallée du Mékong et faire concurrence à l'Empire britannique.
pour faire rayonner l'influence de la France sur l'Empire entier. Il s'agissait de transformer Saigon en un vaste "emporium français" dont la population serait de 500 000 personnes.
pour bloquer l'expansion du Siam vers le Laos.

La remontée du Mékong par Garnier et Doudart de Lagrée (1868), démontra que le meilleur chemin pour accéder à la Chine se trouvait au Tonkin ; marins (Garnier) et commerçants (J Dupuis, E Millot) poussèrent donc dans cette direction. En 1872 J Dupuis joignit le Yunnan au Tonkin et insista sur les perspectives de profit ; Garnier le rejoignit à Hanoï et en enleva la citadelle. Son imprudence et sa mort (décembre 1873) imposèrent à la France : l'évacuation de Hanoï et du delta tonkinois, la signature d'un traité (mars 1874) négocié par Philastre (cet accord consolidait les positions françaises en Cochinchine et ouvrit au commerce français le fleuve rouge et les ports de Gui Nhan, Haïphong et Hanoï.

La résistance populaire fut importante, celle des mandarins imposa de recourir à une administration plus ou moins directe (inspecteurs des affaires indigènes, administrateurs ...)

En 1875 on créa la banque d'Indochine.

L'Indochine fut occupée par le japon pendant la seconde guerre mondiale.

2) La Chine

En Chine, la France pratiqua une politique d'implantation amorcée par le traité de Tien Tsin en 1860, et qui se poursuivit à la fin du XIX°s, lorsque la France participa au partage du pays (Break up of China) ; elle en tira une zone d'influence économique dans les provinces du sud, et l'occupation de Kouang Tchéou Wan et de Hai-Nan. Elle obtint ainsi le droit de construire des chemins de fer et d'exploiter les gisements miniers du Shantung. Le gouvernement chinois lui accorda également une certaine préférence pour la souscription des emprunts qu'il était susceptible d'émettre pour développer cette région.

En 1897, un syndicat russo-franco-belge avait obtenu la concession de la voie ferrée Pékin-Hankéou.

3) Madagascar

Les Français avaient pris pied à Madagascar au XVIII°s. Au XIX°s une lutte d'influence s'était engagée entre eux et les Anglais pour la tutelle du peuple le plus nombreux de l'île, les Houvas, qui occupaient les hauts plateaux de l'intérieur. La France avait pu établir en 1884, une sorte de protectorat, mais celui-ci ne fut guère respecté. De là, en 1895, une intervention militaire.

Menée dans des conditions difficiles, surtout à cause du climat, elle aboutit à la signature d'un traité de protectorat beaucoup plus strict. Une révolte ayant éclaté, la France fit de Madagascar une colonie. (Août 1896). La reine Ranavalona III, rendue complice de l'insurrection, fut déposée par Gallieni (Fév 1897) et déportée à la Réunion puis à Alger.

4) La Nouvelle Calédonie

L'île fut découverte par Cook en 1774. Des missionnaires catholiques français s'y installèrent en 1843. La colonisation fut entreprise par l'Anglais Paddon. Le massacre des marins français de l'Alcmène par des indigènes (nov 1850), est à l'origine de l'expédition du contre-amiral Febvrier Despointes (1853) qui prit officiellement possession de l'île au nom de la France. Placée sur la route de l'Inde, la Nouvelle Calédonie devait être un poste militaire de première importance : "elle offrait d'excellents abris et un ravitaillement assuré pour une flotte". En réalité il s'agissait de faire front à l'Angleterre installée en Australie et d'empêcher qu'elle ne règne totalement sur l'Océanie. Plus tard, en 1864, La France occupa les îles Loyauté. Même si les dessins économiques et commerciaux ont été formulés pour justifier ces occupations, la Nouvelle Calédonie devint une colonie pénitentiaire (1863). Les premiers forçats arrivèrent l'année suivante.

II) L'Océan Atlantique : l'Afrique

La conquête du Sénégal en Afrique Occidentale fut l'oeuvre de Faidherbe de 1854 à 1867.

Savorgnan de Brazza en 1879-80, acquit le Gabon et le Moyen Congo en Afrique centrale.

Après 1882, les Français s'engagèrent dans toute une série de projets coloniaux et se heurtèrent à l'opposition des autres puissances européennes.

Ce fut le cas au Congo avec le roi des Belges, Léopold II. Les Britanniques, les Espagnols, les Portugais et les Allemands s'inquiétèrent également. Lors de la conférence de Berlin, de Novembre 1884 à février 1885, un accord fut signé ; il définissait un certain nombre de principes élémentaires pour le partage de l'Afrique:

- liberté de navigation sur les deux fleuves africains qui se déversent dans l'Océan Atlantique (Niger, Congo)

- liberté de commerce dans le bassin conventionnel du Congo

- la prise de possession ou la possession de territoire en Afrique n'était reconnue qu'après notification aux puissances signataires de l'acte de Berlin et "institution d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis", et le cas échéant, la liberté du commerce et du transit dans des conditions où elle serait stipulée.

Après le traité de Berlin, on assista à une véritable course entre les grandes puissances pour occuper et se partager les territoires africains.

La conquête de l'Afrique fut difficile : pour la France elle s'effectua à partir du Sénégal et du golfe de Guinée. Les colonnes françaises se heurtèrent à l'Ouest et au centre à de véritables Empires.

Les troupes venues pour occuper le bassin du Niger eurent à combattre les bandes menées par les chefs musulmans Ahmadou et Samory, celles de Behanzin-Gbedasse au Dahomey et de Rabah au Tchad.

Afin d'agir plus librement la France négocia avec certaines puissances européennes : un accord en mars 1899 avec la Grande Bretagne permit aux Français d'agir à l'Est et au Nord Est du lac Tchad. Un autre accord fut signé avec l'Italie en 1900.

Jouant des oppositions ethniques, religieuses, de promesses vites reniées, du blocus économique, des transferts de populations civiles, d'une écrasante supériorité matérielle, les Français vinrent à bout des obstacles les plus importants : Ahmadou (1888-1891), Samory (1891-1898), Behanzin (1892-1894), Rabah (1896-1900).

L'Oubangui fut annexé de façon pacifique.

Mais pratiquement les troupes françaises intervinrent jusqu'à la veille de la première guerre mondiale : "La poudre parle tous les jours et à tout propos" écrivait l'Afrique française en 1913.

III) La Méditerranée :

1) L'Algérie :

la colonisation de l'Algérie répondait à un souci de politique intérieure. Polignac, ministre de l'époque, cherchait surtout à relever le prestige de Charles X. Après 1840, un esprit colonial se ranima sous l'impulsion des commerçants des grands ports, des officiers de marine et des missionnaires catholiques. Louis Philippe, Napoléon III et leurs ministres entreprirent de véritables expéditions. La conquête de l'Algérie fut réalisée par Bugeaud et assurée par la reddition d'Abd el Kader en 1847. En 1857 les Kabylies se soumirent.

Dans les années 1870 de nouveaux mouvements de résistance se manifestèrent comme celles d'El Amri en 1876, de l'Aurès en 1879, de Bou Amama dans l'extrême sud Oranais en 1881-82 ou de Margueritte en 1901. Chaque fois ils furent écrasés.

Ces soulèvements étaient motivés par l'inégalité des traitements avec les Français. Des pétitions individuelles ou collectives réclamaient la fin d'abus ou de charges excessives imposés par les colons.

2) la Tunisie et le Maroc:

En Tunisie comme au Maroc les Français ne rencontrèrent pas de très vives oppositions.

- Depuis 1869, une commission internationale de la dette contrôlait les finances tunisiennes, et Anglais, Français et Italiens se disputaient concessions ferroviaires et foncières. La France, craignant l'implantation d'une importante colonie italienne, intervint. Un protectorat fut établi sur la Tunisie en 1881-83.

Par la convention de Marsa (1883), la France prenait en charge les dettes de la Régence et le contrôle de son administration. Au début du XX° s des courants politiques hostiles à la France se manifestèrent par le biais de la presse ou par des incidents sanglants. Le gouvernement proclama l'état de siège et arrêta, emprisonna ou éloigna les "jeunes Tunisiens".

- Le Maroc, était l'enjeu de rivalités commerciales entre Etats européens.

Le pays en proie à des difficultés économiques tomba sous la coupe des puissances par le jeu des emprunts et des concessions. Peu à peu les Français prirent pied dans le pays, militairement et politiquement. Au printemps 1912, le sultan Moulay-Hafid isolé, se résigna à signer un traité de protectorat (30 mars 1912) qui permettait à la France d'agir officiellement au nom du souverain ; celui-ci abdiqua et partit en exil. Début 1914, le général Lyautey avait fait reconnaître l'autorité de la France sur la plus grande partie du territoire marocain.

Dans les deux cas, l'initiative française eut des répercutions internationales : l'Italie convoitait, elle aussi, la Tunisie ; déçue, elle s'allia à l'Allemagne. Pour le Maroc, la France eut bien l'accord des Espagnols et des Anglais, mais elle se heurta à l'opposition de l'Allemagne. A deux reprises, en 1905 et 1911, il y eut même des risques de guerre.