CHAPITRE IV :

Les jours se suivent ...

Une à une, les journées se succèdent, bien fatigantes, parfois, quand il faut grimper sur deux ou trois hauteurs un peu rudes, à travers des broussailles géantes, où il n'est possible d'avancer qu'en se frayant un chemin à coups de machette, sorte de sabre court et épais fait pour cette besogne, ou encore à travers des rochers ou des pierres roulantes, ou sur l'argile glissante. Pas l'ombre d'un sentier, bien entendu ... Qui l'aurait tracé, puisque j'étais le premier, avec ma troupe, à m'aventurer dans ce patelin. Mais il faisait beau : tout mon monde et moi-même nous nous portions à ravir ; j'étais seul, loin de tout, c'est vrai, mais loin aussi de tout ce qui pouvait me gêner et m'embêter, j'étais mon maître et le maître de quelque deux cents hommes, j'avais vingt-cinq ans ... Alors la vie était belle, malgré tout, malgré peines et fatigues, malgré tous les ennuis gros ou petits, toutes les surprises que vous ménagent des voyages comme celui-là, où l'imprévu ne peut manquer d'être de règle.

Chaque soir on s'arrête en face de quelque nouveau paysage : on dresse la tente où couchent avec moi les Européens et Monsieur Joseph. Les indigènes se groupent tout autour et s'abritent de leur mieux sous des branchages recueillis dans la brousse voisine. Le campement est toujours voisin d'un point d'eau et l'eau dans le nord de Madagascar ne manque pas. On commence par se laver, à la fois pour se nettoyer et pour se rafraîchir un peu, pendant que le cuisinier prépare sa "ratatouille" (du riz avec des sardines à l'huile , avec du boeuf en conserve ou avec des confitures, riz aujourd'hui, riz demain, riz toujours et avec toutes choses). Nous parvenons parfois à améliorer l'ordinaire en chassant quelques volatiles, des pintades en général.

Quand le dîner est prêt, nous nous réunissons autour de la caisse qui nous sert de table, assis sur d'autres caisses qui nous servent de sièges.

SOMMAIRE

CHAPITRE 5