CHAPITRE II :

Sur les rives du lac Alaotra.

Huit jours plus tard , nous sommes sur les bords du lac Alaotra, à près de cent cinquante kilomètres au nord de Tananarive.

Jusque là nous avons voyagé en pays connu et je n'ai eu qu'à rêver tout au long de la route : rêver, dormir, lire, fumer au doux bercement de mon filanzane. Mais à partir du lac Alaotra, nous abordons des régions inconnues : le travail va commencer. En même temps nous quittons l'Emyrne, province habitée par les Hovas et dont Tananarive est le centre, pour pénétrer chez les Sihanakas ("ceux des marais") ...

[Tout le long du parcours que nous allons effectuer jusqu'à Diego-Suarez, nous allons rencontrer plusieurs peuples nettement différents les uns des autres ; en effet Madagascar a été le rendez-vous de bien des peuplades : des Africains, des Arabes, des Malais entres autres, et toutes ces races se sont croisées avec la population qui habitait l'île à l'origine, puis mêlées entre elles, formant ainsi des peuples nouveaux (on compte ainsi près de 25 ethnies différentes sur la grande île)]

Sachez que les Sihanakas se confectionnent de petites cases avec les joncs qui croissent en abondance sur les rives du lac.

Les hommes vont dans les forêts voisines chercher les poutres qui formeront l'armature de l'édifice et dressent la charpente ; les femmes font le reste.

Les Sihanakas élèvent des boeufs qui paissent n'importe où et mangent ce qu'ils trouvent. Le lac est riche en poissons : la pêche d'un jour est séchée au soleil, elle servira à nourrir une famille pour dix à quinze jours.

Ce peuple consomme également des rats, des serpents, des crocodiles et même des vers de terre ( les "mafoua")

Le met de luxe est l'oie dont chaque Sihanaka entretient un troupeau.

Un peu avant l'été on chasse les bœufs dans les rizières, qui sont de simples prairies inondées : les bœufs piétinent la terre, c'est tout le labourage qu'elle verra ; après quoi on sème le riz et on attend du Bon Dieu qu'il le fasse pousser. fasse pousser.