TEXTES ET DOCUMENTS:

Paroles d'un Vietnamien :

Au ministre Paul Reynaud (7 11 1931)

"Notre évolution depuis un quart de siècle a eu pour résultat de nous faire prendre conscience de nous-mêmes et de notre nationalité. Et ce sentiment nouveau s'accommode mal d'un régime qui n'est pas fait pour lui donner satisfaction. De là vient le mal dont nous souffrons et qui est proprement une crise de la personnalité tant individuelle que nationale ... Nous sommes un peuple qui va à la recherche d'une patrie et ne l'a pas encore trouvée ...

Cette patrie, monsieur le Ministre, ne peut pas être pour nous la France."

Pham Quinh, in A Viollis
SOS Indochine
Editions gallimard, paris 1935

La guerre d'Indochine vue par le général Giap.

L'ennemi est-il fort, on l'évite ; est-il faible, on l'attaque ; à son armement moderne on oppose un héroïsme sans bornes, soit en harcelant, soit en anéantissant l'ennemi et en combinant les opérations militaires avec l'action politique et économique ; pas de ligne de démarcation fixe, le front étant partout où se trouve l'adversaire ... cette forme de guérilla allait se développant progressivement pour aboutir à une guerre de mouvement.

 

Dien Bien Phu

Dès les premiers jours de la bataille le dispositif français est sérieusement ébranlé. La piste d'aviation est endommagée et le pont aérien fonctionne difficilement, gênant l'évacuation des blessés par hélicoptères. D'importants renforts de parachutistes doivent être envoyés.

La tournure prise par la bataille surprend le commandement qui comptait, pour tenir Dien Bien Phu, sur la puissance de l'artillerie, l'appui massif de l'aviation et le ravitaillement constant par le pont aérien. Or ces éléments de supériorité n'ont pas joué. La présence d'une importante artillerie Viêt-minh constitue une révélation d'autant plus désastreuse qu'elle est située sur les rebords d'une cuvette, abritée dans des tunnels creusés au flanc des collines, et qu'elle effectue des tirs plongeants sur le dispositif franco-vietnamien dont les fortifications trop légères résistent mal et sur le terrain d'atterrissage, rendant vite impossible le pont aérien. En même temps, la DCA du Viêt-minh diminuait beaucoup l'efficacité de l'appui aérien français, rendant moins précis les bombardements et les parachutages. D'ailleurs l'aviation française ne sera jamais en état de procéder à de véritables bombardements massifs pour lesquels des centaines d'avions seraient nécessaires.
L'année politique 1954, PUF, 1955



II La guerre d'Algérie.

C'est l'inégalité des conditions entre les habitants d'origine algérienne et les habitants d'origine européenne qui est la cause majeure du conflit.

Une série d'attentats, deux morts dans les Aures et la création du F.L.N. (Front de Libération Nationale) par les insurgés le 1 Novembre 54, marquent le début de la guerre.

Le F.L.N. réclame l'indépendance et pour ce faire :

- " La restauration de l'état algérien, souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.

- Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

Une loi établissant l'état d'urgence est votée le 31 Mars 55. Parallèlement aux mesures militaires du gouvernement Mendes France, le nouveau gouverneur général Soustelle tente de donner une impulsion accrue à la politique d'intégration.

Des négociations sont ouvertes mais n'aboutissent pas. Les Français d'Algérie qui sont plus d'un million, refusent tout compromis et revendiquent la force pour mettre fin au conflit. Un corps expéditionnaire d'un demi million de soldats est envoyé de métropole.

Aux attentats du FLN répondent alors des exécutions sommaires, des exactions qui émeuvent l'opinion internationale (conférence de Bandung, avril 55), et l'ONU évoque la situation à plusieurs reprises.

Le 22 Octobre 56, l'interception de l'avion qui emmenait à Tunis les principaux chefs du F.L.N. (Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Boudiaf), marque un durcissement au dépens des solutions politiques.

En 1957, les deux premiers membres du F.L.N. sont guillotinés à la prison civile d'Alger. Le jour suivant 47 Européens sont tués ou blessés par des attentats F.L.N. : c'est la bataille d'Alger.

Le général Massu obtient la remise des pouvoirs de police, et l'administration civile est rabaissée à un rôle subalterne.

Une loi cadre de février 1958 reconnaît "la personnalité algérienne" mais affirme que l'Algérie fait "partie intégrante de la république française"; le gouvernement français ne parvient pas à régler le conflit et cette guerre menace de s'étendre au reste du Maghreb sensible aux revendications et aux prises de position du F.L.N.

Pendant ce temps des pourparlers se tiennent entre Gaullistes de Paris et des civils et militaires d'Alger dans le but de rappeler le général de Gaulle au pouvoir.

Le 13 Mai 58 des manifestations éclatent en Algérie. L'armée laisse les manifestants envahir l'immeuble de l'ancien gouvernement général ; des civils et des militaires installent à Alger un comité de salut public dirigé par Massu et les militaires.

Cet événement entraîne la chute du gouvernement français. De Gaulle est rappelé et le 3 Juin le nouveau gouvernement a les pleins pouvoirs pour élaborer une nouvelle constitution qui marquera la naissance de la V° République.

Le 9 Septembre 58, un gouvernement provisoire de la république algérienne présidé par Fehrat 'Abbas est instauré, mais l'opposition des Français d'Algérie est violente et en 1961 un mouvement insurrectionnel éclate avec la rébellion de certains éléments de l'armée dirigés par les généraux Salan, Challe, Zeller et Jouhaud.

Des Européens regroupés au sein de l'OAS (Organisation Armée Secrète) organisent des actions terroristes.

La guerre d'indépendance de l'Algérie prendra fin en 1962 avec les accords d'Evian. Le 19 Mars, un cessez le feu est signé. Le 1° Juillet un référendum d'autodétermination aboutit à une très forte majorité à l'indépendance de l'Algérie qui est admise à l'ONU en Octobre.

TEXTES, DOCUMENTS

En 1943, l'élite algérienne s'adresse aux Français dans un Manifeste ; Ferhat Abbas se trouve parmi les signataires.

" ...L'identification et la formation d'un seul peuple, "sous le même gouvernement paternel", a fait faillite, [...] Le bloc européen et le bloc musulman restent distincts l'un de l'autre, sans âme commune. [...] le refus [...] de donner accès dans la cité française aux Algériens musulmans a découragé tous les artisans de la politique d'assimilation. [...] Désormais, un musulman algérien ne demandera pas autre chose que d'être un Algérien musulman [...] La nationalité et la citoyenneté algériennes [...] apportent une plus claire et plus logique solution au problème de son émancipation.

Cité par S Bernstein, la décolonisation et ses problèmes, A Colin 1963

 

Les "pieds-noirs"

(...) Pendant des jours et surtout des nuits (il y avait ainsi moins de témoins), les "pieds noirs" sont arrivés sur l'hexagone, traumatisés, incapables pour la plupart de réaliser ce qui venait de se déclencher (...) La rapidité du départ, la confection de bagages improvisés pour sauver ce que l'on croit être le plus précieux et qui n'a pas forcément le plus de valeur, avaient mis plus d'une femme au bord de la crise de nerfs;

Les hommes qui les accompagnaient feignaient l'impassibilité, mais ils avaient les poings serrés; J'entends encore (...) ce rapatrié (...) qui nous répétait jusqu'au Centre d'accueil : "et ma récolte ? et ma récolte ?" c'est à un moment comme celui là que le mot "attachement à la terre" a vraiment une signification.

J Loiseau, Pied-Noir mon frère. Témoignage d'un Francaoui. Ed France Empire, Paris 1963