TEXTES ET DOCUMENTS

Justification de l'Impérialisme

Il y a sur ce long développement de côtes (en Algérie), plusieurs rades très bonnes et dont la possession serait d'une très grande utilité. Une partie de son immense surface se compose de plaines d'une prodigieuse fertilité. Il y a dans les montagnes des forêts de sapins et de chênes, propres aux constructions navales ; on y exploite des mines de fer et de plomb qui son d'une grande richesse et dont les produits sont d'une excellente qualité.

Rapport du ministre de la guerre à Charles X (octobre 1827)
cité dans documents d'histoire vivante, Editions Sociales.

... Nous sommes allés là où nous conduisaient les intérêts de la France et la nécessité de maintenir des traités formels.

... Non, la république française n'a porté son expansion coloniale que là où nos droits avaient été méconnus, où des engagements formels avaient été pris vis à vis de nous.

N'est-ce pas là l'histoire de ce qui s'est passé dans la vallée du fleuve rouge et à Madagascar ?

... Je dis que la politique coloniale de la France, celle qui est allée à Saigon et en Cochinchine, celle qui ira à Madagascar, a eu le profond sentiment de cette vérité, à savoir qu'une marine comme la nôtre ne peut se passer sur la surface des mers d'abris solides et de points de ravitaillement;

Jetez un regard sur la carte du monde, et dites moi si ces étapes de l'Indochine et de Madagascar ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de votre navigation ?

... Dans l'Europe, telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux qui grandissent autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires et maritimes, les autres par le développement prodigieux de la population ; dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement et d'abstention, c'est le grand chemin de la décadence ; les nations ne sont grandes que par l'activité qu'elles développent ; et ce n'est pas par rayonnement pacifique qu'elles sont grandes à l'heure qu'il est ...

... Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d'une colonie, c'est la création d'un débouché.

Extraits du discours de Jules Ferry à la Chambre des députés (28 Juillet 1885)

Les opposants à l'Impérialisme

A bas Ferry !

(...) Dans son échec, de Négrier (nom du général qui commandait le poste de Dông Dang) a laissé, lui, deux cents des nôtres, fils d'ouvriers et de paysans, à ajouter aux dix mille cadavres que la guerre (...) coûte jusqu'à présent à la France.

C'est plus qu'une défaite, c'est un désastre, qui a atterré jusqu'à la chambre.

(...) Quand on songe (...) que cette armée a été successivement portée à 40 000 hommes, la fleur de nos régiments ;

Il est impossible pour les plus aveugles de ne pas se rendre compte du Sedan colonial auquel on marche à grands pas.

Plus de cent millions jetés dans le fleuve rouge ; nos forces défensives décimées ; toute notre marine qui s'en va, navire par navire (...).

Quoi de plus épouvantable !

Mais Ferry seul ne s'émeut pas. Cramponné à son portefeuille qu'on ne lui arrachera qu'avec la vie, il n'admet même pas qu'on l'interpelle, qu'on lui demande compte du sang et de l'honneur du pays qui coulent à pleins bords là-bas à quatre mille lieues de la mère patrie (...).

Extrait du journal le cri du peuple, fondé par J vallès

 

Les méthodes de pacification selon Gallieni

"... Il faut nous rappeler que, dans les luttes coloniales que nous impose trop souvent, malheureusement, l'insoumission des populations, nous ne devons détruire qu'à la dernière extrémité et, dans ce cas encore, ne ruiner que pour mieux bâtir. Toujours nous devons ménager le pays et ses habitants, puisque celui-là est destiné à recevoir nos entreprises de colonisation future et que ceux-ci seront nos principaux agents et collaborateurs, pour mener à bien ces entreprises. Chaque fois que les incidents de guerre obligent l'un de nos officiers coloniaux à agir contre un village ..., il ne doit pas perdre de vue que son premier soin, la soumission des habitants obtenue, sera de reconstruire le village, d'y créer un marché et d'y établir une école. Il doit éviter avec soin toute destruction inutile. C'est l'action combinée de la politique et de la force qui doit avoir pour résultat la pacification du pays ..."

Gallieni, Principes de pacification et d'organisation, 1895

Christianisme et colonisation :

L'évangélisation :

Le père Fianaz était là depuis un mois quand il m'incita à assister à l'examen des catéchumènes qui désiraient recevoir , quelques jours après, la grâce du baptême. Je l'avoue, je fus un peu étonné de cette invitation ; j'avais de la peine à croire que ces Malgaches eussent appris si vite et les prières et les vérités que tout adulte doit savoir avant d'être admis dans le sein de l'Eglise. Mais combien plus grande encore fut ma surprise, quand j'entendis les neuf adultes préparés, répondre sans hésiter à presque toutes les questions du petit catéchisme, et réciter les principales prières ... ces pauvres gens, peu habitués à un pareil exercice, entraient dans tous leurs états. Il eut fallu voir comme la sueur ruisselait de leur front, pendant qu'ils répondaient !

Père de la Vaissière, Histoire de Madagascar.

L'action sociale :

... Ce qui attire à la prière catholique, c'est la charité du père pour le soin des malades. Tout missionnaire doit être docteur. A lui d'étudier un peu de médecine, de façon à se débrouiller pour les cas les plus usuels et de ne pas tenter le Seigneur. Le reste est la part de Dieu dont il implore humblement le secours par des prières et l'emploi fréquent dans les médicaments d'eau bénite, d'eau de St Ignace, etc ... C'est généralement après la messe et le catéchisme que le père, s'improvisant docteur, reçoit avec bonté tous les malades et leur offre gratis consultations et remèdes. Que d'âmes cette charité pour les corps, n'a - t -elle pas délivrées de la maladie autrement funeste du paganisme, de l'hérésie ou des blessures mortelles du péché ! que d'enfants, par ce moyen, envoyés au ciel !

Père de la Vaissière.


L'Education :

Dans les régions, qui sont les plus nombreuses et les plus populeuses, où sont établies les missions, l'enseignement primaire officiel devient une superfétation inutile et onéreuse. Nous devons être trop heureux d'avoir là un personnel tout formé, acclimaté au pays, en connaissant parfaitement la langue et les moeurs, offrant toute garantie au point de vue de l'honorabilité et du dévouement. Il est évident qu'il faut alors le subventionner largement ; c'est ce que font les Anglais, dans presque toutes leurs possessions, mais si larges que soient ces subventions, elles ne représentent jamais qu'une part minime de ce que coûterait un personnel civil similaire d'instituteurs officiels européens, en soldes, indemnités transports et constructions ... Si l'on objecte la faiblesse relative de l'enseignement pédagogique généralement donné par les missions, j'oserais dire que c'est peut-être là précisément qu'est leur avantage. Le petit bagage de français et de connaissances générales qu'elles donneront à leurs élèves est bien probablement tout ce qui leur faut de longtemps, et l'enseignement officiel, comme nous le verrons tout à l'heure, sera toujours là pour donner une instruction intensive à un aussi grand nombre d'apprentis fonctionnaires et employés qu'il sera nécessaire. Par contre, avec les missions, la stabilité de leurs membres, leur connaissance des indigènes, on sera assuré d'une direction morale et sociale qui n'est pas à dédaigner. Quant à l'enseignement professionnel et agricole, auquel il importe tant de donner autant d'intensité que possible, les missions sont toutes disposées et préparées à entrer dans cette voie. L'enseignement primaire ainsi conçu, avec des visées moins ambitieuses qu'aujourd'hui, éviterait un grave péril déjà menaçant : la formation d'une population de déclassés auxquels on ne pourrait donner d'emplois, et tout préparés à former une classe de mécontents et de besogneux.

Général Lyautey, Lettres du sud de Madagascar, 1900- 1902